25Apr2020

CENDRILLON | 18 secondes

Gros plan sur le regard aiguisé et critique de Mme de la Haltière
– Une voix off : au moment des préparatifs de ses filles pour le bal, Madame de la Haltière surveille avec grande attention les moindres détails et n’hésite pas à intervenir elle-même lorsque elle n’est pas satisfaite du résultat.
Le plan s’élargit sur la chambre, jonchée de robes, de chaussures, de boîtes éventrées, rondes ou carrées, et où règne une grande agitation. Ballet des servantes, petites-mains, coiffeuses…
– Une voix off : Plus encore que le choix des robes ou de la coiffure, le serrage des corsets revêt une importance capitale à ses yeux. Elle ne cesse d’ailleurs de marteler aux suivantes de serrer encore et toujours.
– Mme de la Haltière : Il n’y a rien de mieux vêtu, de plus propre, de plus honnête que le corset :  la plupart des jeunes filles pourraient être reconnues nobles à la vue seule de la finesse de leur taille.

Gros plans sur les étoffes, les lacets
– Une voix de femme off :
Rien n’est plus délicieux que le bruit sec et mat du dernier serrage du corset. Le crissement timide des membranes du tissu qui s’étire sous la tension du laçage, le glissement voluptueux du ruban assurant la tenue de la structure, le gémissement des baleines métalliques déployées dans un ultime soubresaut, le hoquet suffoqué de la victime cuirassée et encagée pour son bien.
Rien n’est plus délicieux que l’idée de la chair molle sculptée dans un carcan de velours, que la silhouette flasque modelée et domptée par un savant ouvrage de fer et de coutures. L’informe prenant forme. La nature pliée aux lois de la parure. La beauté ne tient qu’à un fil. La féminité ne tient qu’à un instant, celui d’un petit bruit sec et mat, un claquement vif et incisif, un coup de fouet fendant l’air, clôture de toute une cérémonie du maintien du corps et remédiant à toutes ses imperfections. Serrer au maximum, sentir le tissu crisser sous la pression du lacet tendu à l’extrême, le corps se crisper dans un dernier sursaut de résistance, les côtes s’affaisser, serrer encore, voir la taille s’affiner encore, toujours plus, l’élégance est à ce prix, et donner le dernier assaut, la touche finale dans un élan sublime, inattendu, presque surpris, dans un geste vif, précis, autoritaire. Soumettre. Contraindre. Dompter.
Rien n’est plus délicieux que le bruit sec et mat du dernier serrage du corset.

CUT TO :
Plongée depuis la fenêtre du premier étage
, Madame de La Haltière et ses deux filles, houspille Pandolphe, l’enjoignant de se dépêcher de monter dans la calèche qui les conduit au bal du roi.
– Pandolphe off :
Plus la moindre envie d’y aller… j’ai ardemment désiré cet événement depuis des jours, des semaines, des mois, enfin depuis le jour où j’ai reçu le carton d’invitation.
L’occasion pour moi de rencontrer le roi, le prince, les gens de la cour, de faire connaissance avec les familles importantes du royaume.
Plan fixe, Pandolphe, en pied sur le pas de la porte immobile, pensif.
– Pandolphe off :
…l’essentiel, la personne qui devrait avoir le plus de valeur pour un père, le seul rayon de soleil qui émerveille ses jours : sa fille. Ma fille, oh ma petite Lucette que je laisse seule dans ma cage d’argent. Elle n’aura pas l’occasion de briller à ce bal. Si gentille jeune fille que j’aime tant et dont je ne suis pas capable de m’occuper comme elle le mériterait. Chaque fois que je la regarde, je revoie sa mère. Elle me remémore les doux instants de bonheur que nous avons partagés tous les trois dans notre maison juchée sur la colline au fond des bois. Ces souvenirs me rendent triste. Le bonheur ne dure point, ma tendre épouse meurt très rapidement nous laissant désemparés. Je suis désemparé.

Voix lointaines de Madame de la Haltière et de ses filles, furieuse du retard que leur causera la mollesse de Pandolphe.
Plan serré sur le visage de ce dernier. Il mord sa lèvre inférieur. Les yeux luisent de colère
Je rencontre Madame de la Haltière, plus tard, trop vite. Je me marie une deuxième fois. Pour donner une nouvelle maman et des sœurs à ma petite Lucette. Échec tant sentimentale que financier. Ma pauvre enfant dédaignée dès le premier jour par sa marâtre et ses deux filles. Elles en ont fait la servante soumise à leurs caprices, à leurs exigences de toutes sortes. Le plaisir qu’elles prennent à l’humilier, à la rabaisser…

Comment moi, son père, puis-je laisser perdurer une telle situation ? … La crainte des récriminations perpétuelles de mon épouse, de ses filles… Enfin, regarde la vérité en face. c’est par lâcheté, par lâcheté certainement, mon peu de goût des conflits quotidiens qui usent l’existence. Mille fois je me suis promis d’intervenir, mais hélas….

Voix suraiguë de l’épouse off qui le hèle, surlignant son impatience voire son exaspération.
Plongée totale Pandolphe se dirige précipitamment vers la calèche, qu’on suit sur la route qui les mène au château royal à bride abattue.

CUT TO :
Songe d’une nuit d’été / Scène nocturne, éclairage stellaire. Plan très large en paysage
, vue de loin sur une grande maison style Art nouveau encerclée de végétation. On distingue un sureau à travers les grilles, quelques cerisiers et un grand lilas bleu. Une glycine court le long de l’encadrement de la porte d’entrée. Aucune lumière n’émane de la maison à part un petit rougeoiement presque imperceptible qui semble flotter dans les airs à travers une des fenêtres du rez-de-chaussée.
Même cadrage fixe. Entrent dans le champ quelques ombres de toutes formes et de toutes tailles. Certaines volent, d’autres marchent ou sautillent.
Le plan se resserre au fur et à mesure que les ombres se rapprochent de la maison, jusqu’à arriver au bord de la fenêtre où scintille la petite flamme mourante du feu de cheminée. À la lumière de la lune, les visages commencent à se distinguer.

Caméra en mode portrait fixe sur une petite fée aux grands yeux ronds et bleus.
– La petite fée : C’est joli cette lumière qui danse à l’intérieur. Le feu s’éteint dans un doux crépitement. Ça sent bon ici. Qu’est ce qu’on voit à l’intérieur, là, couché sur le sol ? Il y a une fille qui dort, peut-être qu’elle est morte… non elle bouge, je vois son corps se soulever lentement.

Bruissement du vent dans les arbres, tous se retournent, apparition de la Fée. Elle s’approche lentement de la fenêtre et observe également la jeune fille endormie.Tous la contemplent en silence. Seul le chant du grillon résonne dans la nuit. Le temps semble suspendu.La petite fée est comme hypnotisée.

– La petit fée off :
Comme c’est étrange, elle a l’air calme et sereine. Pourtant je peux toujours voir les deux gros sillons creusés par les larmes sur son visage rond d’enfant grandi trop vite. On guérit de tout dans le monde des rêves. Je me demande de quoi elle rêve. Est-ce qu’elle se souvient de ses rêves? Souvent, quand je me réveille et que j’étais dans un songe merveilleux, je le fais durer le plus longtemps possible, jusqu’à ce que mon esprit réalise qu’il n’est plus endormi. J’ai déjà essayé de les noter mais ça m’a ennuyé. Pourquoi suis-je ici ? La Fée n’a rien dit, on ne sait pas. Enfin si, on sait qu’on ne doit pas faire de bruit. Ce parfum, ça m’enivre ! Mais qu’est ce qu’elle fait toute seule dans cette grande maison couchée par terre ? Elle n’a pas de lit ? Je crois que je commence à comprendre pourquoi nous sommes ici… En fait non, je dis n’importe quoi, je n’en sais absolument rien. Je me demande pourquoi elle a pleuré. Ça avait l’air d’être un gros chagrin. On dirait qu’elle a froid, moi aussi quand j’ai froid en dormant je me recroqueville sous mes draps comme un petit loir. C’est une nuit chaude pourtant, une belle nuit d’été. Le ciel n’a jamais été aussi clair, je peux voir la lune et tous ses cratères dans le verre de la fenêtre. Elle est étrange d’ailleurs cette fenêtre, c’est un vitrail comme dans les églises, il y a des dessins dans les coins. Tiens, je peux voir les autres aussi. Est-ce qu’ils savent pourquoi nous sommes ici ? Suis-je la seule ignorante ? Est-ce qu’on ne me fait pas confiance ? Et elle, est-ce qu’elle pleure parce qu’on ne lui fait pas confiance ? Tiens il y a une photo sur la cheminée, elle est dessus avec d’autres personnes. Où sont-elles maintenant ? Pourquoi est-elle toute seule dans une si grande maison ? Est-ce qu’ils l’ont laissée ? C’est pour ça qu’elle pleure ? Je ne comprendrai jamais les humains.

Léger recul de la caméra, plein-pieds sur la petite fée de dos observant Cendrillon les mains posées sur la vitre.
– La petit fée off :
J’ai l’impression d’être ici depuis des heures. La Fée ne bouge pas. Je voudrais me faufiler à l’intérieur et me coucher contre elle pour la réconforter.

FONDU VERS :

Chambre de Cendrillon 18 secondes après l’appel de la Fée à ses compagnons.

– La Fée off :
Le son de mes paroles résonne encore la quiétude de la pièce. J’ai parlé d’une voix claire mais pas suffisamment forte pour éveiller l’enfant qui sommeille sur son étroite paillasse.

La chambre — un rectangle austère aux murs décrépits et au mobilier pauvre — est de nouveau plongée dans un silence troublé uniquement pas la respiration calme et régulière de Cendrillon endormie. La grande maison est vide, désertée par les maîtres partis au bal donné en l’honneur du prince au château, et les domestiques descendus au village pour passer cette précieuse et trop rare soirée de liberté. Aucun d’entre eux dans son empressement à quitter son office n’a pris le temps de raviver le feu dans la cheminée de l’humble chambrette. Il ne reste dans l’âtre que quelques braises qui rougeoient faiblement dans un grésillement à peine audible, sans parvenir à apporter un peu de chaleur entre ces quatre murs.

–La Fée off :
Tous mes sens sont en alerte. Dans l’obscurité, j’attends les premiers signes de la manifestation des créatures que j’ai invoquées. Mes oreilles sont dressées, à l’écoute du moindre son étranger à cette atmosphère immobile. Mon regard fouille les ténèbres autour de moi, à l’affût du plus petit mouvement. Mon corps tout entier est tendu dans cette attitude expectative. Je suis fébrile, non par inquiétude : je connais ces êtres, je n’ai aucune réserve sur la confiance que je place en chacun d’eux, j’ai besoin de leur aide et cette raison est suffisante pour qu’ils viennent à mon secours; au contraire, je tremble d’impatience tandis que j’imagine la transformation de ma petite Lucette en princesse éblouissante qu’ils vont m’aider à réaliser par leur magie, leur art, et leur dextérité. Ensemble nous n’en sommes pas à notre coup d’essai : je repense à d’autres jeunes gens d’humble condition que l’un ou l’autre de mes compagnons s’était mis en devoir de faire sortir de leur coquille et que nous avions alors métamorphosés en rayonnantes personnes que nul ne pouvait s’empêcher d’admirer. Notre but n’est cependant pas simplement de les pomponner de façon à les rendre agréables à l’œil, mais de leur faire prendre conscience de leur propre valeur en tant qu’être humains, de les pousser à devenir les maîtres de leur destin. C’est aussi ce que je souhaite pour ma chère Cendrillon, et c’est pour cela que j’ai à mon tour besoin de leur concours.

Brise soudaine à l’intérieur de la chambre légère ondulation des pans du long manteau de la fée. Elle chasse d’un geste nerveux de la main une mèche de cheveux qui m’est tombé devant les yeux. Cendrillon frissonne. Elle a si vite sombré dans le sommeil quelques instants plus tôt, qu’elle n’a pas pris soin en se couchant de tirer sur elle sa mince couverture et les haillons qu’elle porte peinent à la préserver du froid. Dehors aussi le vent s’est mis à souffler. Il fait vibrer la vitre de la petite lucarne tout en haut du mur. Son verrou cède et elle s’ouvre en grand.
– La Fée off :
Il ne devait pas être bien solide. A-t-on idée de faire dormir une jeune fille dans une telle insalubrité ? Il est plus que temps que tout ceci change !

Dans le ciel, les nuages se dissipent et un rayon de lune transperce les ténèbres, baignant le lit au centre de la pièce de sa pales clarté.
– La Fée off :
J’entends autour de moi le son feutré de petits pas, trop légers pour tirer des grincements des lames du vieux parquet craquant. J’entends des bruits de tissu froissé et de perles entrechoquées. J’entends de doux éclats de rires cristallins. Ils sont là.

Le feu s’est subitement rallumé dans la cheminée . En une fraction de seconde, les follets ont jaillis des flammes, tous couverts de suie mais luisants d’étincelles inextinguibles, promenant leurs regards rouge-orangés à travers la pièce. Les sylphes eux, se sont coulés hors du broc d’eau posé sur le cabinet de toilette. Ils sont vêtus de feuilles et de fleurs de lotus ou de nénuphars. Leur longue chevelure flotte dans l’air, ondulant paresseusement en volutes autour de leur tête comme s’ils se trouvaient au fond d’un lac. Il émane d’eux comme un halo bleuté très ténu. Quant aux lutins, la fée les aperçoit qui se dissimulent dans maints recoins de la chambre : sous le lit ou la table, derrière un rideau, dans un trou du plancher, au sommet de l’armoire…

– La Fée : Je distingue ici et là une corne recourbée, une gracieuse bottine argentée, un pan de robe cousu de multiples miroirs minuscules. Mais je reconnais ces grosses lunettes rondes ! Je revois ce lutin endormi au pied d’un arbre et celle de mes sœur fée qui lui avait par jeu dérobé son lorgnon. En se réveillant, ne le trouvant plus, il avait sorti de sous son manteau un sac rempli de pince-nez aux carreaux tous plus larges les uns que les autres, en avait choisi un qu’il avait planter devant ses yeux avant de partir comme si de rien était.
Un sourire de satisfaction se dessine sur son visage.
– La Fée : Nous sommes au complet. Nous allons pouvoir commencer.

CUT TO :

Toute l’assemblée du bal s’éclipse discrètement sous les ordres du roi. C’est presque comme si le Prince et Cendrillon ne s’apercevaient pas de la désertion des invités. Les deux protagonistes apparaissent alors au centre de la scène, assez près pour se contempler mais assez loin pour ne pas s’en sentir gêné. Quelques bougies s’éteignent et cette lumière mêlée à la fumée qui s’échappe crée une atmosphère intime, mystérieuse. Une atmosphère magique. La salle du bal parait alors démesurément grande et vide. Très vite ce regard insistant rend la parole urgente. L’un et l’autre savent que ce silence va devoir se briser. Il le faut. C’est une histoire de secondes. Deux, cinq, quinze, vingt-quatre ? Non ce sera dix-huit, dix-huit secondes les plus longues de leur vie probablement. Mais il faudra dix-huit secondes au prince pour réussir à rassembler tout son courage, son cœur et son esprit pour enfin briser ce silence.
Pendant ces dix-huit secondes, il va tout envisager. Il n’était clairement pas préparé à vivre cela, là, maintenant, tout de suite. Il en rêvait, certes, mais le vivre allait être une autre aventure. Une avalanche de questions s’abat alors sur lui.

– Le Prince off :
Mais qui est-elle ? Comment n’ai-je pu ne jamais la voir au paravant alors que désormais je ne voit qu’elle ?

Il la dévisage, personne ne l’a jamais regardé de ces yeux-là, si longtemps. N’importe quel autre regard si insistant aurait été dénigrant, vulgaire, somme toute désagréable et même insupportable. Mais là, rien de tout cela. Elle est elle-même captivée par ces yeux qui ont l’air de voir si profond en elle. On dirait qu’ils apprennent déjà à la connaitre.

– Le Prince off :
Comment est-ce possible d’être si belle, si lumineuse ? Elle semble appartenir au surnaturel. Sa démarche est si fluide, aérienne. Oui aérienne, oui c’est ça ! Elle n’a pas de vulgaire pieds plats, non, bien sûr que non ! Ils reposent chacun sur de petits nuages. De minuscules petits nuages transparents. Voilà ce doit être son secret ! Et son visage, ses yeux ! Si doux… Je suis comme happé par elle. Elle est si parfaite. Comment pourrait-elle m’aimer comme je l’aime ? Je l’aime ? mais oui, je l’aime, je l’aime. Aucun doute. Oh god !
Mais alors que dire ? Par où commencer ? Je dois tout lui dire, tout lui avouer. Lui livrer mon cœur sans aucun artifice, transparent et revêtu de sa seule image pourtant. Chaque mot doit être parfait, parfait pour cet instant rêvé, inespéré.

Il baisse alors à peine les yeux, cherche un regard intérieur pour se concentrer sur ses premiers mots qu’il va lui adresser. Ces mots qui doivent avoir le pouvoir de la retenir auprès de lui.
– Le Prince off :
« Ô reine »… « Mon enchanteresse »… « Toi beau ciel »… « Toi beau rêve »…

Il n’arrive pas à se décider. Un doute, une peur l’habite soudain. Mais il redresse son regard sur elle, sur ses yeux. Il trouve. Tout de suite. Il sait alors ses premiers mots. Il est prêt. Il va briser ce silence. Silence qui était au départ si doux mais qui devient, plus les secondes passent, oppressant. Il presse la parole qui ne sait comment venir, dans quel ordre, en quels termes… Mais le prince est décidé maintenant. Il est déterminé à tout faire, user de tous ses mots pour qu’elle veuille rester à ses côtés. Que l’abandonner lui semble impossible, inenvisageable. Chaque mot ne sera pas parfait — soyons réaliste –, mais sa fougue sera sans borne. Le prince, presque imperceptiblement, se redresse alors. Une main passe alors rapidement dans ses cheveux. Il ouvre sa bouche et alors prononce les premiers mots de ce nouveau grand chapitre de sa vie :
– Le Prince : Toi qui m’est apparue… 

FONDU TO :

Le prince, confiant, presse sa main dans celle de son inconnue.
Gros plan sur les mains.
Toutes les émotions se bousculent alors dans la tête de la jeune femme. La musique du bal devient sourde pour laisser place à ses pensées.
– Cendrillon off :
La sensation de sa peau contre la mienne… C’est bien la première fois qu’un homme me touche. Excepté papa… Papa me prenait souvent la main étant enfant.
C’était rassurant, j’aimais ces moments.
Vision de son père, jeune.
– Cendrillon off :
Comme j’aimais être une enfant…
Mais là tout est différent. Je ne suis pas rassurée, mon cœur bat la chamade. Mes mains deviennent moites.
Et s’il s’en rendait compte ? Et elles ne sont pas d’une douceur extrême…
Travelling avant vers les mains des deux protagonistes. Le prince presse plus fort encore la main de Cendrillon.
– Cendrillon off :
Je n’ai pas les mains aussi raffinées que celles des femmes qu’il a déjà dû rencontrer. J’ai honte.
Vision fantasmée par Cendrillon de femmes de la cour dans des tenues extravagantes, colorées et imposantes.
– Cendrillon off :
Je ne sais pas ce que je fais ici.. je ne sais plus. Mais quelle est cette odeur ? C’est la sienne, c’est son odeur. C’est enivrant, envoûtant, fascinant.
Plan d’ensemble sur la salle de bal où le temps semble être arrêté.
– Cendrillon off :
Je ne comprends pas ce qu’il m’arrive. Je voudrais inspirer cet air et ne plus jamais le laisser quitter mon corps. Et j’ai maintenant le souffle court. Voilà que je ne sens plus mes jambes.
Gros plan sur le visage bouleversé de Cendrillon, le regard fuyant.
– Cendrillon off :
J’ai peur. J’ai peur mais je me sens si bien, c’est étrange. Je suis comme dans du coton, comme dans des nuages. Ô combien j’aimerais qu’il ne lâche plus ma main, plus jamais. Imagine un monde où nous pourrions rester collés tout le temps ainsi. Et cette sensation… durerait-elle toujours ?
Vision morne et sombre de la maison de Madame de la Haletière.
Pourrais-je encore passer le balai avec un prince en prolongement de moi-même ? Ha !
Retour caméra sur Cendrillon qui esquisse un sourire.
– Cendrillon : Mais qu’est-ce que j’imagine là ?
Vision de la fée, rassurante et majestueuse.
Nouveau plan de Cendrillon qui semble reprendre ses esprits.
La musique résonne à nouveau.
– Cendrillon off :
Il faut que cela cesse. Il faudra nous séparer.
Quoi qu’il arrive, quoi que l’on se dise, il faudra partir. Il FAUT partir.

FONDU TO :

Après le douzième coup annonçant minuit, quand la belle disparut au coin du porche, le prince comme une statue semblable à celles que l’on voit dans les jardins à l’anglaise.
On peut presque voir le craquellement du vide comme le burinage du temps sur la pierre. Sauf qu’ici tout se passe beaucoup plus vite.
Dans cet instant figé, le prince disparaît au monde pour vivre dans la pensée, se disant qu’elle devait être derrière le porche — c’était impossible autrement — qu’elle avait changé d’avis…

– Le Prince off :
…Elle a eu peur, elle va réapparaître dans une seconde, ce ne pouvait être autrement.
Si j’attends encore ici quelques secondes…
Si j’attends quelques secondes de plus. Etait-ce bien réel ?
Si tout était allé trop vite ?
Et si j’avais cru comprendre…
De quoi a t’elle eu peur ?
Pourquoi son regard s’est si vite transformé ?
C’est comme si elle avait été pourchassée par la nouvelle heure.
Et cette disparition si brutale…
Comme si une personne était apparue au milieu de nous deux,
ce troisième, inconnu, l’exigeant pour lui seul.

La morsure de la trahison, d’un enfant face à un autre, commence à répandre son poison en lui.
NOIR
–Le Prince off :
Une incompréhension si longtemps éprouvée,
Un mutisme éduqué,
Une solitude si familière et complice…
PLAN SUBJECTIF Ré-ouvrant ses yeux au monde, le Prince trouve à ses pieds la pantoufle de cendrillon.

CUT TO :

Cendrillon. La nuit. Un chemin dans la forêt éclairée par un croissant de lune la mène à un rocher qui signale un croisement. Deux chemins possibles : le premier est dans la continuité de l’actuel, assez large. Le deuxième, sinueux, s’enfonce dans la forêt et est mal défriché. Mille étoiles haut dans le ciel. Sublime voie lactée.

Cendrillon, dans des habits gris en haillons, les cheveux sales et les ongles noircis marche courbée, dépitée, sans force mais d’un bon pas quand même. Elle laisse traîner un pied de temps à autres qui effleure les cailloux et la poussière. Là, dans le rocher du croisement, elle voit une petite lumière qui danse. Elle s’arrête et la fixe. La lumière s’arrête de danser. C’est un grillon. Ils se regardent. Cendrillon ne sourit pas. Elle a les bras ballants et les cheveux devant les yeux.

– Cendrillon : Hélas ! Que ne suis-je pas née à ta place, petit grillon qui me regarde. Que ne suis-je pas née loin d’ici, loin de ces personnes qui m’entourent et de cette vie sans douceur. Quelques heures, au bal, j’ai bien cru être une fille heureuse et admirée. Illusion ! Je ne suis pas aimée, c’est tout. Je suis habituée aux vagabondages et à la solitude… mais là, j’ai vu le bonheur ! J’ai dansé, chanté, ri ! On me parlait, on m’enlaçait, voilà que je pouvais laisser exprimer ma joie sans feindre ! J’aurais pu le leur crier, à tous ces gens, l’amour infini que j’avais pour eux ! Mais non : moi, fille chez qui le don de sourire devrait être plus développé que chez n’importe qui d’autre, je sais que la vie n’est qu’illusion. Je sais que ce rêve que je viens de voir, comme je te vois petit grillon, n’est que la plaisanterie d’une mauvaise fée qui a voulu se jouer de moi. Et toi, mystérieux compagnon qui me regardes, tu n’es peut-être pas réel non plus. Tu es né ici, comme moi, sans savoir pourquoi. Ce rocher est ta maison, tu vas y vivre, y travailler, et y mourir. Ce chemin je vais le suivre, car tous les chemins mènent quelque part, comme toutes les peines mènent à la tombe.

Elle prend le chemin sinueux à côté du rocher, et s’enfonce dans le noir de la forêt.

NOIR. CUT TO :

– Pandolphe off :
Le diable vous emporte !

La nuit déjà bien avancée. Dans le salon de la demeure des de la Haletière, les seule lueurs définissables viennent du clair de lune et des braises encore incandescentes de la cheminée. Ces dernières font écho au rouge feu des robes démesurément imposantes portés par les deux débutantes et leur mère. La quiétude supposée de l’instant a quelque chose d’embarrassant et d’hostile. C’est le moment où le destin de Pandolfe bascule de manière irréversible. Par un élan de hardiesse, il vient de contester la morale de sa femme pour la première fois. Ce silence fait suite à une scène d’un tumulte insoutenable causé par les outrages des deux époux. Une chaise fracassée contre la porte de l’antichambre qui vient de claquer derrière les trois femmes symbolise la fissure de la relation entre les deux parties, mais également l’émancipation d’un père-esclave. Au fond de la pièce, Cendrillon à demi effondrée sur le divan persan de sa hideuse marâtre, les bras recouvrant sa tête pour cacher son visage anéanti par les pleurs et la honte. Elle est affligée par ce duel cathartique dont elle vient d’être témoin.


Pandolfe, seul. Le regard furibond de l’instant passé se dévoile en faisant place à un étrange mélange entre un profond chagrin et un grand courage mêlé d’amertume.
N.B : Le silence est un acteur à part entière de cette scène.

– Pandolphe off :
Comment ai-je pu être aussi aveugle toutes ces années ? Tout est clair à mes yeux désormais. Lucette n’est pas heureuse. Elle ne l’a jamais été. Et c’est par ma faute.
Mais cette femme ? Je l’ai aimée pourtant. Je pensais la connaître. Que j’ai eu tort d’y croire. Tant de funestes souvenirs nous ont pourtant rapprochés. Nous ne pouvions pas ne pas unir nos familles. C’est pour le bien de nos enfants – me convainquais-je. Désormais, je suis seul. Je ne sais si Lucette saura un jour me pardonner. Comment ? Comment l’opiniâtreté de mes efforts pour rendre à Lucette une mère qui lui a été arrachée par le sort m’a rendu aussi inconscient du danger que je lui faisais courir ? N’étions-nous pas à l’instant au palais, jouant le rôle du couple exemplaire devant la cour ? Et cette fille… N’était-elle pas ravissante ? La foule, ébahie et le roi stupéfait devant celle qui allait sans aucun doute devenir princesse ?

“Bonne à pendre ! Bonne à pendre !” À l’entendre on ne pourrait croire que nous fûmes témoins du même événement. Du même émoi général devant cette créature tout droit tombée du ciel pour le plus grand plaisir de chacun ?

“Assez de vos caquets” Assez, oui ! Le vacarme doit cesser et j’y veillerai.Un temps. Que le silence me semble doux et agréable. Je repense à notre petite ferme, à Lucette, à notre vie d’antan rythmée par le plaisir de voir s’épanouir la nature qui nous enivrait de ses parfums à chaque saison ? Depuis, rien ne s’épanouit plus. Peut-être n’est-il pas trop tard ? J’ai gagné ma première bataille, sans doute fut-ce la plus difficile de ma vie : la bataille contre moi-même. Oui, je vaincrai. Dès le lever du jour nous nous évaderons. Domitian avait raison “Qui se vainc une fois peut se vaincre toujours”. Je me suis vaincu et je me vaincrai. Madame ne sera plus un obstacle. Lucette doit être heureuse, je saurai y veiller. Elle, ma seule joie, son chagrin fend mon cœur. Je veux la consoler.

Pandolfe reprend ses esprits et tourne le regard, désormais plein de douceur vers sa fille. Il vient l’enlacer avec tout l’amour qu’un père peut offrir.

– Pandolphe : Ma pauvre enfant chérie…

FONDU TO :

– Voix de femmes off :
Bonne à pendre…
Cendrillon n’entend pas le vacarme qui suit ces paroles, elle est tombée, ses jambes ne pouvant plus supporter le poids de sa tristesse. Elle est au sol, étourdie dans les bras de son père, les yeux clos. Elle ne l’entend pas chasser violemment sa femme et ses deux belles filles. Elle n’entend pas non plus les cris de protestation des filles et de leur mère, les noms d’oiseaux, le mobilier lancé à la figure des uns et des autres. Durant toute la dispute, elle n’entend plus que sa propre voix, comme si le temps s’était arrêté après ces trois mots.

Trois mots. Trois petits mots cinglants et tous ses derniers espoirs partent en fumée. Depuis si longtemps elle est brimée, moquée, maltraitée par cette famille avec qui elle vit mais qui n’est pas vraiment la sienne. L’espoir d’une vie meilleure, qu’un jour, les oiseaux qui chantent à la fenêtre l’emporteront vers un autre destin n’est qu’illusion. Cendrillon s’en veut, sa souffrance est insupportable. Elle réalise qu’il n’y a qu’une seule issue possible à cette situation.

Plan fixe sur le visage de Cendrillon semi-conscient.
Cendrillon off :
– Ça y est tu as compris. Le ridicule verre teinté de rose posé sur tes yeux depuis si longtemps vole en éclats. Tu pensais naïvement qu’un jour quelqu’un te verrait telle que tu es, et peut être même t’aimerait pour cela. Par ce regard, et vos délicieux mots échangés, tu as cru l’avoir trouvé. Tu te trompais.
– Je ne comprends pas ce qui m’arrive, je ne sens plus rien, je n’entends plus rien. Je suis à la fois accablée et mon futur m’apparaît clairement.
– Tu peux encore prendre le contrôle de cette vie qui t’échappe depuis si longtemps. Tu ne veux plus en être esclave. Tu le sais au fond. (Sarcastique) Tu n’as toujours vécu que dans ta tête mais maintenant la réalité te rattrape, tu n’es là que parce que tu es née dans des temps heureux où l’on voulait bien de toi. Aujourd’hui et depuis bien longtemps ce n’est plus le cas. Comment est il possible que tu n’aies jamais voulu le voir? Tu n’es digne d’intérêt que parce que tu accomplis les tâches que personne ne souhaite effectuer. Pauvre sotte.
– Je me sens si petite, écrasée par l’immensité de cette prise de conscience.
– Tu la connais cette sensation. Le bavardage interne, bouillonnant, incessant. Et puis le silence : d’un coup tu ouvres les yeux et emportes tout sur ton passage. Tout ce temps passé à vivre misérablement, alors qu’en cet instant tout s’harmonise, se mue en une image fixe où tout est à sa place. Le pouvoir de certaines croyances est infini, et quand quelque chose vient les mettre à mal, c’est transcendant, implacable. Cela te tombe dessus. Enfin. Enfin, tu vois.
C’est vertigineux mais c’est maintenant que tu décides pour toi même. Si tu as un tant soit peu de dignité, tu sais ce qui te reste à faire.

Le plan s’ouvre en s’élargissant : Cendrillon dans les bras de son père.
Seuls et silencieux, dans le salon saccagé. Cendrillon se relève, sourit faiblement à son père et sans écouter une seule de ses paroles, part d’un pas ferme, déterminée à mourir sous le chêne des fées.
Dernière image
Cendrillon de dos et s’enfonce dans la forêt sur une grande allée où les arbres se penchent vers elle de chaque côté. Jusqu’à disparaître dans le fond.

CUT TO :

Noir – aucun son.
Apparition de l’image. Paysage, lande nocturne, végétation endormie, un grand arbre, mer très calme en arrière-plan. Silence absolu. 15 secondes.
Extrême gros plan sur l’écorce. Cela grouille. Source de lumière discrète, une luciole ? Des bruissements.
Noir – fin des bruissements, fondu enchaîné avec son d’essoufflement discret.
Apparition de l’image. Paysage, lande nocturne, végétation endormie, un grand arbre, mer très calme en arrière-plan. Essoufflement toujours discret.
Silence absolu. Très gros plan sur l’écume, stagnante. Peu de mouvement. Désolidarisation de l’écume et de la mer. On y reviendra.
Apparition de l’image. Le visage anguleux d’un jeune homme. Aucune expression. Yeux légèrement bridés et regard un peu tombant. Monochromie : yeux, cheveux, peau, ne pas dépasser le châtain clair terne. Mandibule légèrement avancée.

L’homme off :
– J’ai marché je ne sais combien de temps. J’ai fatigué mes jambes mais mon âme s’accroche encore, le discours continue, l’épuisement, le désespoir, le désespoir, le désespoir.

Plan sur l’arbre, dans toute sa majesté. Le petit prince s’agenouille près de l’arbre. Il est à présent baigné d’une grande et belle lumière, surnaturelle. La lumière n’aura rien à voir avec la lumière habituelle d’une lande déserte, la nuit.

Il pense à présent à sa maman disparue, il y a peu — deux ans — mais cela semble toujours si neuf. Tu vas aller mieux lui disait-on mais non ça ne va pas mieux il apprend à vivre avec cette douleur déchirante qu’il n’a pas encore comprise. Il n’a pas les mots et il n’a pas l’expérience. Il a cependant l’intuition que cette douleur ne partira jamais, ne s’affaiblira jamais, elle sera toujours un éclat de verre dans son coeur.

Il croit entendre quelqu’un pleurer en miroir de lui, des sanglots de femme. Il est troublé, regarde autour de lui mais ne voit rien. Pourtant s’il y avait quelqu’un cette communion prendrait tout son sens. Il aimerait s’occuper de quelqu’un, que l’on ne s’occupe plus seulement de lui. Les pleurs recommencent il en est sûr, il y a quelqu’un ici et quelqu’un de plus malheureux que lui.
Je ne sais pas comment lui vient l’idée du sacrifice. Je peux dire que peu à peu le petit prince sent son esprit s’embrumer, bientôt il ne pense plus rien; comme s’il était écrit sur l’arbre : “ Laissez toute pensée ”.

Cela le réjouit, il sourit. Ses yeux sont éblouis à présent d’une lumière chaude, enivrante. Il sait que c’est le moment. Il n’aura aucun regret, maintenant il le sait, il ne veut pas résister, il est possédé par cette évidence complète, totale. Jamais sa vie n’a eu plus de sens qu’en ce moment. Bientôt il se sentira flotter, retrouvera par amour tous les disparus et les autres. Ce qu’il comprend à présent c’est qu’il ne choisit pas, il ne fait pas de tentative. La chose se fait d’elle même. Il espère que sa maman a ressenti ça elle aussi et a présent il lui pardonne de l’avoir laissé. Elle aura ressenti elle-même cet appel métaphysique auquel il a bien fallu se rendre.

Il écarte les bras. Silence.

Quelque chose maintenant commence à se déchirer à l’intérieur, tout au fond. Il voit ses chairs s’écarter au niveau du sternum. La peau s’étire, sans douleur. L’afflux de sang colore sa poitrine. Les cartilages, les muscles, les os se rompent lentement. Il sent son coeur battre, comme jamais. Les organes se poussent, laissant la place. Le coeur s’avance, millimètre par millimètre. La peau cède sur son passage, s’étiole. Les filaments reposent de part et d’autre, le coeur continue son avancée, quitte le corps. C’est un tel soulagement. Le tissu de la chemise et du sweat-shirt cèdent sous la pression organique.
Et là, le coeur flotte dans l’air sous les yeux illuminés de son ancien possesseur. Le coeur n’appartient plus au petit prince, ravi.

La jouissance inouïe de voir son coeur, flottant, battant toujours (!) brillant et sanguinolent continuant sa progression dans l’air, vers l’arbre. Le petit prince ne le quitte pas des yeux, en transe.

Apparition de l’image – Grande lumière, silence, coeur suspendu mais battant toujours.
Noir – aucun son.
Apparition de l’image. Paysage, lande nocturne, végétation endormie, un grand arbre, mer très calme en arrière-plan. Silence absolu.
NOIR

CUT TO :

SOIR-INTÉRIEUR
La chambre fastueuse du prince, bondée d’opportunistes.

Le Roi, dos à la forêt de silhouettes. Il regarde le jour se perdre par la fenêtre. Quelque chose d’abattu émane de sa posture.
(Transperçant l’épaisseur du silence, le thème de la fée envahit l’espace dans un tuilage harmonieux, un cluster irréel.)
Les sujets demeurent interdits, parmi eux Mme de la Haletière. La caméra se rapproche d’elle et filme par en dessous les plus petits détails de son émoi physique : sa transpiration, ses yeux exorbités… La focale courte déforme son visage.

– Narratrice off:
Et soudain, elle sentit la détonation vrombissante et sans appel d’un bonheur imminent.

Ses yeux se lèvent et s’écarquillent outrageusement.

– Narratrice off:
Devant elle, oui elle, la plus respectable des
humbles sujets de sa majesté, Elle était apparue…

Vision extatique de la fée. (Focale longue pour créer un aplat irréel de tableau renaissance.)
La fée semble avoir capté toute la lumière de la pièce, plongeant les sujets dans la pénombre. Elle arbore un petit sourire satisfait, alliage inédit de bonhommie et de sérieux, qu’on lui devine coutumier.

– Narratrice off:
Enfin ! D’ordinaire gouailleuse et pertinente, Mme de la Haletière n’avait plus assez de pétulants jurons pour baver son émoi: son heure était venue: la fée l’avait entendue…

Soudain, les yeux de la fée croisent le regard humide de Madame de la Haletière.
Le son s’étouffe, elle divague.

CUT TO:

JOUR-INTÉRIEUR-PRINTEMPS

Changement de colorimétrie, tons chauds.

Une chambre de petite fille où se retrouve, incrédule, Madame de la Haletière.

Elle se tourne vers la petite coiffeuse abricot.
Elle se baisse, plisse les yeux. Sa bouche se tord de joie: sur sa tête est posée une lourde et solennelle couronne!

– Voix d’homme (ton relativement indifférent) :
Bien. Avec ça, plus personne n’osera dire que tu n’arrives jamais à tes fins…

Madame de la Haletière tourne la tête.
Napoléon, le gros chat de son enfance est de dos sur le bord de la fenêtre. Il regarde dehors.

– Napoléon:
Qu’est-ce que tu vas faire maintenant que tu as le pouvoir ? Quand tu étais petite, tu rêvais de jeter ta mère au fond d’un cachot. Et cette pensée te culpabilisait tellement que tu criais dans ta bouche en t’enfonçant les ongles dans la figure… Alors, tu vas faire quoi?

– Mme de la Haletière:
Je vais dormir, et je ne ferai plus de cauchemars.

Un bout de papier peint se décolle. Madame de la Haletière appuie dessus. Il se décolle de plus belle.(Le cluster de la fée revient, désagréable.) Elle a un mauvais pressentiment.

– Mme de la Haletière:
Napoléon ?

Le chat est parti.
Elle retient le papier rebelle de ses deux mains, mais la pièce se déchire pour dévoiler la chambre du prince.

NOIR

– Narratrice off:
Elle aurait donné n’importe quoi pour rester dans les ténèbres de ses paupières. Elle se sentait mal, elle LE sentait mal.

Ses yeux s’ouvrent.
BACK TO:

-Narratrice off:
Au chevet du prince se tenait l’Inconnue.

La caméra s’éloigne progressivement de madame de la Haletière, laissant réapparaître les badauds.

– Narratrice off:
Alors sa gorge se serra, et le creux de plomb au milieu de son ventre revint, plus brûlant et corrosif que jamais. Irrité une fois de trop.

Atelier d’écriture des relations familiales dans Cendrillon de Massenet, CNSMDP Printemps 2020
Contributions : Aymeric Biesemans, Lisa Chaïb-Auriol, Clarisse Dalles, Floriane Hasler, Marion Vergez Pascal, Margaux Poguet, Emmanuelle Schelfhout, Parveen Savart, Laurence Pouderoux, 
Leo Vermot-Desroches, Flore Royer et Joseph Pernoo.

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