Peter Sellars dit qu’un bon acteur, c’est quelqu’un avec qui on a envie d’aller dîner après la répétition.
Je viens d’une famille de restaurateurs — de gens, pas de tableaux — et de soignants — pas de médecin, non, d’ambulancier, d’infirmière et de coupeuses de feu —. C’est une double filiation qui fait mon théâtre, pour une part,. Nourrir et réparer. Pour une part seulement, sans fidélité au collet. Les autres influences, les sommables, j’en, parlerai probablement ici au fil des jours. Peut-être même y aura-t-il des Cahiers de l’Innommable, comme on verra, aujourd’hui même, une ligne d’indicible …
Hier, nous avons eu une grande journée de répétition, avec des collégiens en visite, des numéros de magie ( d’ailleurs Pierre avait disparu derrière la porte aux miroirs pour 24h ), des marionnettes qu’on appelle Kokoshka et qui me font rire comme une enfant par leur simple existence, de la danse — et les collégiens ont pu constater qu’une répétition était l’endroit du ratage, du malentendu, du recommencé et du petit pas, ce qui peut échapper quand on subjugué par le geste vocal —, et une demande en mariage impromptue qui a fait fondre en eau notre Konstanze.
Nous avons fait tout cela hier, sur quoi il y a beaucoup à dire que je dirai, ou pas, mais une autre fois. Car hier, il y avait un soir et nous nous sommes retrouvé.e.s dans ma maison d’occasion de Clermont pour manger ensemble.
Pas un grand dîner assis, non, quelque chose d’assez simple, d’assez chaud, d’assez bon auquel chacun.e d’entre nous a pu contribuer. Il y avait de la soupe ( merci Julie ) dont personne ne parvenait à découvrir l’ingrédient principal et notre vocabulaire commun s’est enrichi de toute la variété des légumes rares en français, anglais et espagnol.
La soupe, c’est important. Ça m’a toujours semblé plus commun que le pain. Un dénominateur commun de chaleur et d’épaisseur. Quelque chose du corps vivant, immédiatement. César a remarqué ma joie de montagnarde à l’annonce des neiges prochaines. Nous avons tiré au clair la confusion géographique qui plaçait son Massif Central au coeur des Alpes. Ses yeux brillent quand il évoque les volcans alentours. Et quand Katharine dit qu’ils dorment depuis très longtemps, on croirait l’entendre commencer une histoire à la manière de Blixen qui pourrait durer tout une nuit.
Nous avons fait des plans sur la comète de Noël à Clermont. Deux à deux, dans une souple danse de chaîne, nous nous sommes entretenu.e.s les un.e.s les autres des sujets les plus divers.
Il y a eu un essayage pirate dans la cuisine entre la poire et le fromage. Un spectaculaire gâteau au chocolat. Puis j’ai dit une de ces histoires qui ne s’écrivent pas et notre petit groupe s’est séparé, avant l’épuisement, avant l’excès, dans la douceur, qui n’est pas une moindre Bastille.