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Hors-Sérail | Iris mauves

Au confort du Salon sans Tain, quelques rares élus peuvent préférer l’inconfort d’un couloir sordide, où pour une somme extravagante cette fois-ci, on a l’occasion unique de mettre son œil au trou de la serrure de la chambre de Selim Bassa. De luxuriants iris mauves peints sur un vase d’une hauteur d’homme, occupent mieux qu’un paravent la presque entièreté du premier plan. Derrière, au loin, certains diront qu’ils ont vu une ombre, et le reflet d’un oeil de tigre. D’autres raconteront toute sorte d’histoires. Tous mentent. Le personnel rit sous cape , qui sait bien que Selim Bassa dort le plus souvent à l’air libre du toit du Sérail.

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Hors-Sérail | Le Salon sans Tain

La 7e salle, où les invités du soir n’accèdent qu’après deux ou trois heures du matin, se distingue par sa lumière abyssale et bleutée, tamisée à l’excès. Un vaste aquarium de la taille d’une piscine enchâssé contre un mur de miroir en est la source. La science des drogues consommées à leur insu depuis le début de la soirée et la nage des poissons phosphorescents y parachèvent l’émerveillement des invités.
Moyennant une somme non communiquée, il est possible de revenir passer une soirée au Sérail, de l’autre côté du miroir. Les habitués ayant payé le prix — en or ou en bijoux, exclusivement — peuvent à loisir observer les invités novices se faire détrousser comme au coin d’un bois au moment où ils touchent à l’extase et ce spectacle de la vanité déchue des grands de ce monde, provoque immanquablement une sensation cuisante et délectable — comme d’une très lointaine fessée publique à un âge d’innocence —. Bénéfice moins considérable cependant que le doute incurable de se savoir sûrement observés dans leur crédulité par d’autres, mieux initiés encore.

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Hors-Sérail | Le Cliquetis

Le Cliquetis est en possession de toutes les clefs du Sérail. Il importe que leur entrechoquement soit audible et cristallin — l’idée de prison n’a pas besoin de démonstration, elle flotte comme l’encens lourd dès que la porte d’entrée se referme sur les invités. Le Cliquetis arpente tranquillement le Sérail, disponible pour quiconque l’appelle d’un geste discret, pressant l’index contre le pouce dans un quart de tour délicat — comme on ferait d’une clef minuscule dans une fine serrure d’argent —. À la ceinture du Cliquetis pendent cependant quelques clefs monstres qu’il faut tourner à deux mains dans les grosses serrures rouillées des portes basses, mais celles-là même rendent un son clair quand le balancement de sa marche égale les envoie contre leurs petites consœurs. Dans les rares instants d’immobilité du Cliquetis, les sens aiguisés par la nuit du Sérail s’hérissent comme des chevaux cabrés de la délectation insupportable de ces tintements incessants et l’on croit voir un tunnel vertigineux dans la succession des anneaux des clés, qui s’engouffre par les caves avant de courir sous la ville, offrant geôles et retraites sûres, au besoin. C’est une illusion. Le tunnel existe. Selim seul en a la clé.

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Hors-Sérail | Toilettes Dames

L’oeil d’un hublot sur la porte des Toilettes Messieurs, placé légèrement trop haut pour que quiconque puisse subrepticement voir au travers, ne laisse pas d’intriguer. Seul un géant — Osmin, donc — pourrait jeter un regard au passage. Un curieux se contentera d’entrer. Une curieuse peut toujours tenter un saut — sa chute immédiatement amortie par les épais tapis —, elle n’aura qu’entr’aperçu les cheveux décollés et les yeux ronds d’étonnement de son propre visage en plein exercice : la porte des Toilettes Messieurs donne sur un bref couloir coudé, orné d’un somptueux miroir aux bisotages raffinées, qui offrent aux messieurs la chance de vérifier leur mise avant de quitter les lieux. On raconte que pour l’oeil exercé, les biseaux laissent voir par reflet les visages éblouis des messieurs au-dessus des pissotières de mosaïques céladon : sous le jet d’urine, fugaces, apparaissent des silhouettes d’une beauté extrêmement stimulante. À l’heure de la fermeture, quand il fait les comptes des litres de breuvages fort coûteux consommés pendant la nuit, le Gardien du Chiffre se félicite de cet heureux stratagème. Le Pacha Selim également : la diversion du hublot, des miroirs, du couloir coudé et des curiosa fugitives garde bien le secret des Toilettes Dames.

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