La fréquentation de Luther donne envie d’écrire des paraboles…
celle de l’invité mystère pour une soirée et de l’invité mystère pour un week-end. Le premier est souvent condamné à se sentir comme le con du dîner, assujetti à un espace très limité ( entrée, chaise, toilettes, au mieux balcon à cigarette ) il est assailli de nouveaux visages, de nouveaux noms, de private jokes et d’habitudes indéchiffrables. Il repartira avec une idée vague du lieu où il a passé peu temps et de ceux qui l’occupent. Finalement, son souvenir principal de ce moment restera déterminé par celui ou celle qui l’aura introduit dans cette assemblée, et qui de médiateur de la rencontre en devient également l’indispensable truchement, et ce quelque soit sa propre familiarité avec les hôtes.
L’invité mystère pour un week-end, arrivé le vendredi soir, resté dormir deux nuits, a le temps de quitter ses beaux habits pour enfiler quelque chose de confortable pour la promenade, de comprendre, entre le premier petit-déjeuner et le repas dominical, où sont les assiettes et les couverts, de se tromper de chambre, d’aider au jardin ou de lire un conte aux enfants… Il quittera ses nouvelles connaissances avec une invitation en poche et le goût de revenir, ou encore avec la ferme décision de ne jamais remettre les pieds chez de tels bonnets de nuit.
Le week-end dernier à Saint Amand-Montrond dans le cadre de Vox Aurea Via Sacra, avec ses colloques, concerts, spectacle, film autour de Luther, résonne jusqu’aux Journées de la Vallouise de l’été dernier ( 3 jours de programmation variée sur le thème de la marche ).
Deux ou trois leçons de médiation élémentaire :
Le Temps.
Ne plus se mentir sur le temps de voisinage nécessaire à faire connaissance avec la connaissance. La médiation c’est faire connaissance, et non pas acquérir de la connaissance. L’absence de temps réduit cette rencontre à une forme de gavage, où l’essentiel passe à la trappe et avec lui la détente indispensable à l’écoute, pour un public toujours plus obnubilé par son ignorance. André Steiger dit : Le problème n’est pas de parler comme tout le monde, mais de se faire comprendre des gens que ça intéresse. Je ne reproche pas à mon garagiste d’employer des termes techniques. Comment voulez-vous qu’il désigne un “joint de culasse »?
L’explication prend du temps, pas la simplification du terme. Mais à la fin, personne ne se déplace en voiture d’enfants, même plus les enfants qui viennent aux spectacles.
Le Tout
J’entends souvent dire au sortir d’un spectacle : Je ne suis pas sûr.e d’avoir tout compris… ? Je réponds : moi non plus, provoquant le plus souvent une réaction amusée, ou gênée. Je ne blague pas, pourtant. Ce que j’essaie de dire, c’est que je vis en paix ( avec ) mon ignorance. Et avec l’absence de tout (ce qu’il faudrait comprendre avant de classer le sujet ou de pouvoir l’aborder ).
Einstein dit : do not worry about your difficulties in Mathematics. I can assure you mine are still greater… Je m’interroge souvent sur l’assaut de modestie des gens du public qui viennent me raconter ce désarroi. Ne pas avoir TOUT compris. Sur ce que ce désarroi raconte sur le savoir, la connaissance dans notre société. L’acceptation de l’absence pour tous de ce tout – y compris pour les spécialistes – prend également du temps.
Je parle d’un temps incompressible pour passer du passe-temps au passage du temps, ce bâton qui peut nous battre à mort ou devenir cet objet d’art dans une épreuve de relais qui a couru sur des milliers de générations d’êtres humains. Libre à nous de nous saisir du bâton, en connaissance de cause.