La Commune Pontévédrine : la nacre et l’argent

Petya Grakhovitch Kromow : Le jour de mon mariage avec Olga Sergueïevna Prozorova été un jour d’immense fierté pour la famille Kromow.
Olga Sergueïevna Prozorova : Le jour de mon mariage avec Petya Grakhovitch Kromow a été un jour d’honneur pour la famille Prozorov.
K : L’honneur nous en avions à revendre, mais plus personne ne voulait en acheter.
O : L’union de deux lignées anciennes, humbles, loyales.
K : Un jeune homme et une jeune femme qui s’étaient à peine dit quatre mots en dehors de “ Je t’accepte et tu seras mon sel et mon sucre.”
O : Voilà que nous étions assis sur le bord de notre lit.
K : Olga Sergueïevna avait des cheveux magnifiques.
O : Petya Grakhovitch tenait la montre de son grand-père dans sa main droite.
K : Je rêvais de les peigner aussi longuement qu’ils étaient longs, aussi profondément qu’ils étaient épais.
O : C’était une montre avec un tic-tac si précieux qu’il contenait tous les contes de fées et de chevaliers des montagnes pontévédrines.
K : Mais nous n’avions qu’un mauvais peigne en bois, qui tirait sèchement à l’écart de petits cheveux douloureux, qui lui faisaient monter les larmes aux yeux.
O : Mais il avait longtemps que la chaîne de la montre avait été perdue et dans la crainte d’en casser le verre ou d’en abîmer le subtil mécanisme, il la gardait presque toujours enfermée dans un tiroir.
K : Nous étions assis sur le bord de notre lit avec nos rêves, nos craintes et notre ignorance.
O : Nous étions si pauvres alors, que c’en était spectaculaire.
K : Et comble de la misère, nous ne savions pas nous dire que nous nous aimions quand nous nous aimions.
O : Et comble du comble nous ne savions même pas que nous nous aimions.
K : Il me semble que nous avons passé un an ainsi
O : Un an assis au bord de notre lit.
K : Déjà c’était le premier anniversaire de notre mariage.
O : Et nous étions si pauvres alors, qu’un cadeau hors de prix nous semblait indispensable.
K : Pour Olga aux beaux cheveux, je voulais un peigne de nacre douce et irisée.
O : Pour Petya, si inquiet, si attentif à ne rien briser, pas même le silence, je voulais une chaîne d’argent qui relierait fermement sa montre à son habit.
K : Je n’ai pas hésité une seconde, je suis allé mettre au clou la montre de Papicha.
O : Je n’ai pas hésité une seconde, mes cheveux, je suis allée les vendre.
K : Un type louche a cru m’arnaquer en me l’échangeant, si précieuse, contre un peigne de nacre. Il ne savait pas le plaisir que j’allais avoir à coiffer les cheveux d’Olga.
O : Chez le perruquier, les apprentis pleuraient en regardant mes mèches tomber sur le sol carrelé. Ils ignoraient la couleur des dragons heureux qui apparaitrait dans les yeux de Kromow quand enfin présent et passé seraient à nouveau liés par la chaîne d’argent.
K : Le soir, nous nous sommes retrouvés.
O : Assis au bord de notre lit.
K : Il y avait un peigne et plus de cheveux à peigner.
O : Il y avait une chaîne et plus de montre à attacher.
K : Il ne restait plus que ce qui était inutile.
O : Et pourtant c’est comme si d’un coup, nous n’étions plus pauvres du tout.

Cet article a été publié dans blog. Bookmarker le permalien. Les commentaires sont fermés, mais vous pouvez faire un trackback : URL de trackback.