Une femme garde un oeil sur mon chapeau de soleil et mon sac, tandis que je vais me chercher une tarte au citron. Au retour, la conversation s’engage sur les chapeaux et de là, très vite, sur la peur, la peur des terroristes. J’attire son attention sur les 220 femmes mortes sous les coups de leur compagnon / époux / conjoint dont on parlait hier dans Libération. Elle attrape cette triste balle au bond et s’insurge contre “ celles qui restent ”… Pourquoi ne partent-elles pas ? Elles sont aidées à présent …
Ainsi, il y a donc deux peurs : une légitime, celle des terroristes, qui vous retient chez vous en plein Festival d’Avignon, vous empêche de porter des shorts et vous angoisse, et une autre, illégitime, celle de l’homme qui vous terrorise au point de paralyser en vous tout courage de répondre, de fuir, de demander de l’aide.
Dans mon sac, il y a Le Deuxième Sexe, de Simone de Beauvoir. « Nous ne nous laisserons donc pas intimider par le nombre et la violence des attaques dirigées contre les femmes ; ni circonvenir par les éloges intéressées qui sont décernées à la “ vraie femme ” ; ni gagner par l’enthousiasme que suscite sa destinée chez des hommes qui ne voudraient pour rien au monde la partager.”
Mais comment faire pour que chacune de nos paroles ne nous désigne pas comme notre meilleure ennemie ?
#lemerlejaune