La zone. Sous la pluie battante. Après 20 minutes de tram. Un bout du monde. On cherche un rond-point de François Bon à quoi se raccrocher les yeux. Le long, très long voyage de Nils Gustén-Holgersson à travers la Suède … jusqu’à la zone commerciale. Pas d’inquiétude : ces non-lieux là sont le commun de l’Occident. Rien de dépaysant, de déstabilisant : rien que de la laideur familière.
Pourtant, ça coince. Ça tire.
Nous ne sommes pas là pour les courses de Noëls, pour refaire notre appartement. Nous sommes là pour l’Opéra, où tout est beau, presque sacré, sacralisé en tous cas. Nous sommes là pour Mozart, qui est divin à en croire des gens très renseignés sur l’au-delà.
Est-ce que répéter dans la zone est un moyen d’inscrire notre pratique élitiste dans le contemporain ? Ou bien est-ce simplement la couler dans le béton ?
Nous ne ferons qu’une semaine, à raison de deux fois par jour, cette traversée de la station de tram jusqu’au lieu qui nous accueille dans la zone d’activité, qui jouxte la zone commerciale. J’aimerais en faire quelque chose. J’aimerais que ça nous fasse quelque chose. Que ça nous fasse du regard et de la philosophie pratique. Un arpentage de la distance toujours à parcourir entre l’estampillé Beau et la laideur usuelle du monde.
Un chef d’orchestre ami à cette formule : “ Vous ne me regardez pas, vous êtes dans votre monde de Beauté ”. Ce qui sous-entend clairement que ce n’est pas dans ni depuis cette bulle qu’il s’agit d’exercer. Cette bulle aux vitres blindées.
Dans ces quelques centaines de m2, certains vendent du poulet frit à la chaîne ou des jouets fabriqués par et pour des enfants, jamais les mêmes. Et d’autres répètent L’Enlèvement au Sérail .