Sérail Matin 14/12/17

Hier nous nous sommes rendus à pied sur le lieu de répétition. On ne peut pas parler d’une randonnée ( 45 minutes de marche entre la ville et sa zone ), mais ça nous a éclairci les idées.
Pendant que ce projet prend sa place, les autres ont tendance à se faire tout petits. Ce qui ne va pas sans angoisse parfois, ni sans tristesse à d’autres moments. Celui qui ne connaît pas la tristesse est une proie pour l’amertume, est-il dit dans un petit conte soufi sur une abeille blasée, lecture périphérique pour l’Enlèvement. voilà pour nous rassurer
Avec un texte cheminant sur l’eau et cette compagnie pour la marche, Pierre ( qui éclaire ) a cependant adroitement suturé la vilaine plaie de l’ubiquité torturée . Pendant un moment, nous avons été sur #touteslesroutes, et pourquoi celle-là, qui passe par l’Enlèvement.
L’après-midi s’en est trouvée tout allégée. Nous avons bivouaqué de bric et de broc dans la petite cuisine pour pouvoir relire le programme de salle tandis que le chef cuisinait le quatuor en musicale dans la salle de répétition.

Le programme de salle pose inéluctablement les ( bonnes ) questions :
Qui sommes-nous ?
Quelle histoire souhaitons-nous raconter ?
Quelles mythologies composent les compositeurs et leurs œuvres ?
Pourquoi est-il si difficile d’y renoncer ?
Que reste-t-il si on y renonce ?
Qu’est-ce que le public lit véritablement avant le spectacle ?
Comment le préparer à voir ce qui va se dérouler sous ses yeux ( et non une mise en scène imaginaire, servant de véhicule aux idées qui sont déjà à sa disposition ) ?

Dans notre petite cabane sans fenêtre, c’était étrange de relire nos bios en présence les uns des autres, mais surtout de prendre la mesure du factice de ce petit récit de présentation face à la simple présence d’une personne, autrement connue, flairée, aperçue, ne serait-ce qu’après ces quelques jours de travail.

Plus tard, nous rions beaucoup en répétition. L’Enlèvement est une comédie. Même les plus sérieux de l’équipe restent de fameux rieurs. Le rire déconcerté, surpris, l’exclamation devant l’absurde — je le veux celui-là. Dans le programme, il est question du “ sujet central de l’opéra ”. En voilà une colle. Ce n’est sûrement pas l’enlèvement, qui est réglé en deux temps trois mouvements avec deux échelles et une sérénade. En voyant les photos prises par Victor au cours de la journée, je me dis que ce rire que j’aime, c’est, aujourd’hui au moins, le sujet central de l’opéra.

Sinon, nous sommes également rentrés à pied, dans la nuit et le vent, après une heureuse soirée de danse avec le choeur. Trois silhouettes emmitouflées dans la nuit post-exotique.

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