UN BON ÉTÉ / TIERS LIVRE / DU LOINTAIN OUEST

Une grande et grosse banane de terre qui s’étale sur tout le côté de la route de la mer. L’herbe a séché une bonne fois pour toutes. Sans jamais plus reverdir, sans jamais plus disparaître non plus, sauf à devenir noire quand on y fout le feu, ou à cause du sang noir des profondeurs du sol. É Blan’ha, ceux qui vivent là-bas, É Blan’ha ne prononcent pas les chuintantes. Ils ont un palais autrement fait. La seule nourriture qui passe, c’est les doses de liquide semi-épais dans des bricks individuelles en aluminium qu’on leur livre par camion spécial deux fois par mois. Comme la seule façon de se déplacer, dans la canicule qui règne sans ombre dix mois par an, consiste à sortir revêtu de combinaisons intégrales, elles aussi en aluminium, les habitants ont écopé du surnom d’Alus. Les Alus. À moins que ce ne soit à cause de l’illusion d’optique provoquée par les reflets étincelants de leur vêture, qui rayonnent d’éclairs sur deux kilomètres à la ronde. Une étrange fortune pousse pourtant dans cette misère étouffante : des fleurs, rouge orangé, qui semble l’explosion mousseuse de fleurs anciennes, comme on en voit dans les grimoires. Leur commerce et les immenses profits qu’il génère, en dépit de la dangerosité des pollens, explique seul les sacrifices immenses de ceux et celles qui persistent à travailler dans la Zone. Contraints par leur équipement à de fréquents arrêts au milieu des champs jaunes et noirs, où d’immenses dieux-chiens ont laissé les traces indélébiles de leur ébats, ils sont autant d’épouvantails inutiles sous ce ciel sans oiseau. Mais les enfants de l’Ouest savent distinguer laquelle de ces armures protège Antant’, l’héroïne, et ils crient son nom en sillonnant l’air épais de leur cape, couverture de survie trouée, déchet d’une autre ère déjà.

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