UN BON ÉTÉ / TIERS LIVRE / OUEST BOUGÉ
C’est pas parce qu’on a la plus grosse part qu’il y a la fève dedans, lui avait dit la soeur Blanchard, au sortir de chez le notaire. C’était de l’amertume qui avait tourné à la clairvoyance, comme un beurre rance qui se remettrait d’aplomb, quelque chose qui n’arrive jamais, sauf quand ça arrive dans les dents. Le père Blanchard, on aurait dit qu’il s’était fait bananer, et il n’y avait pas de quoi le prendre mal, parce que son domaine avait bel et bien la forme d’une banane, et qu’il était tout jaune. Rien n’y poussait là-bas, et c’était sec dès la mi-avril et triste comme le jour des cendres. Mais ça, c’était une grande et grosse banane de terre qui s’étalait sur tout le côté de la route de la mer. Le père Blanchard, lui, n’y avait jamais récolté en suffisance que les pissenlits et encore, il avait dû se délocaliser au cimetière pour les manger par la racine. Son seul legs pérenne avait été son nom et on disait encore chez Blanchard, quand on y allait, il y a pas plus de 3 ans de ça, dans la Zone. C’est qu’un des héritiers avait fini par damer son pion à la vieille Blanchard : il avait ramassé le pactole en vendant sa banane de propriété pour faire le Mac Donald et toute la zone commerciale. Enfin, ça lui payé l’EPADH. La chambre, pas l’établissement, à lui et à sa veuve. Le nom est resté et la zone est vraiment devenue la Zone, quand tout le commerce s’est dématérialisé en fumée. Plus personne de sain d’esprit n’y met les pieds aujourd’hui : on se fait livrer par des gonzes de la Zone, genre intérimaires pas regardant et pas regardés. Parce que dès que le centre commercial et toutes les grosses franchises environnantes se sont dépeuplés, les promoteurs ont trouvé sans trop de difficulté un moyen de se refaire : l’enterrement en terre Blanchard d’un gros paquet de déchets de la Centrale du Blayais.
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