Vacance de la lecture

J’avoue n’avoir jamais rien compris au concept de lecture de vacances. C’est-à-dire “un livre facile”. Bon, je mens, je le comprends très bien ce concept parce que c’est celui qui préside aux choix de nombreux spectacles. Que ça ne touche à rien. Que les artistes mettent les patins pour marcher dans la tête et le coeur du spectateur. Qu’ils caressent le chat du préjugé dans le sens du poil. Qu’ils n’écrivent pas d’obscénité dans la poussière des meubles du salon.
Je pense à la blague de la fille qui se réveille à côté d’un type qu’elle a levé en boîte et dont elle ignore même le prénom.
- Bonjour
-Euh… Bonjour… on ne s’est pas présenté ?
- Non, mais ce n’est pas la peine
-Ah ?
- Oui, je sais déjà pas mal de choses sur toi.
- Ah bon ?
- Oui… Tu es dentiste
- … Oui…
- Un très bon dentiste, même, je parie.
- Euh… Oui… comment tu sais ça ?
- Je n’ai rien senti.
Parce que l’idée officielle de la lecture de vacances, c’est qu’elle “ prenne pas la tête ”. Du coup, dans la foulée, elle ne prend pas le corps non plus, puisque, ça vaut la peine de s’en souvenir : la tête, c’est du corps. De même, très souvent, un bon concert, on y entre et on en sort. Il peut y avoir la gratification du geste culturel. Un moment de détente… Un moment d’affalement serait, souvent, plus en phase avec ce qui s’y passe. Et puis peut-être qu’il faudrait envisager de tendre vers au lieu de vouloir se “ débrancher ”. Utiliser un livre pour appuyer sur pause, alors même que la littérature, comme la musique, sont l’inscription dans le temps par excellence… en vacances, nous ne sommes plus si bien divertis de l’idée de la mort. Lisons donc du bruit, nous n’en penserons pas plus à la vie.

Je ne veux rien comprendre à ce concept. “ Un livre d’été, pas trop dur, tu vois ”. Comme si nous passions l’année à lire Kant dans le texte… À quel moment notre concentration est-elle plus disponible à la rencontre qu’en vacances ? Les magazines tirent à tour de bras sur les amours de l’été. Si nous sommes disponibles pour tomber amoureux, nous sommes dans le bon état d’esprit pour lire un livre. Pas un ersatz de mot fléchés force 1. Un livre, qui va changer notre vie.

Je viens de finir Amour, Colère et Folie de Marie Vieux-Chauvet. J’en suis bouleversée, je vais en parler pendant des jours à tous ceux que je rencontrerais. Lire Dany Laferrière et poster du Massillon Coicou dans Une certaine dose de Poésie. Et ça me semble une vacance saine et joyeuse.

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