CHEMIN DU LENDEMAIN

M’en suis allée dans la fraîcheur jaune du matin
Ce qu’il faudrait désormais appeler fraîcheur
Qui ne claque pas aux joues
Son petit baiser franc d’école élémentaire

M’en suis allée dans la douceur
Laissant derrière moi le rempart
Laissant devant moi la gare
Plus de Crespin ce matin, et plus de service à venir

M’en suis allée reconnaissante aux signes d’hier
De ne pas se faire reconnaître, d’être une seule fois seulement
Et tant que dure la vie
M’en suis allée ne pas rendre service

M’en suis allée dans ma robe de lin lourd
Si agréable et simple à cette heure
Et qui serait bientôt bure d’abbesse
Fardeau lourd d’un corps porté à bras

M’en suis allée légère voir mon ami manquant
Ce manque sans cesse présent et discutant
Ce manque fiable comme l’amitié de l’ami
Aujourd’hui il n’y a plus rien à faire

M’en suis allée ne rien faire
Ni constater ce que déjà l’on sait
Ni pleurer d’autres morts que la mienne
Ni croire à la résurrection des corps

M’en suis allée boire de l’autre côté de la rue
De l’autre côté du temps
De l’autre côté de nos existences
Une amie nouvelle assise à ma table

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