Mes chers amis,
La première chose à faire est de vous remercier, et je le fais du fond du coeur.
Le Prix des Editeurs Allemand pour la Paix brille d’une aura si somptueuse, et en avoir été récompensée est un tel honneur qu’à cet instant le tenir de mes mains tremblantes fait faiblir mes genoux. Mais me voici, à l’endroit exact où, à travers les années, tant d’hommes et de femmes sages ont soutenu et exprimé leurs espoirs pour le futur de l’humanité et la paix durable après laquelle nous soupirons tous.
Que puis-je dire qui n’a pas déjà été dit et mieux que je n’en suis capable ?
Parler de la paix c’est parler de quelque chose qui n’existe pas. La paix véritable ne peut être trouvée nulle part sur cette terre, et n’a probablement jamais existé, excepté en tant que but que nous sommes d’évidence incapable d’atteindre.
Depuis aussi longtemps que nous autres, êtres humains vivons sur cette planète, nous avons cédé à la violence et à la guerre, et la paix fragile qui existe parfois est constamment menacée.
En ce moment même, le monde entier vit dans la peur d’une nouvelle
guerre qui nous détruira tous.En face de cette menace, il est juste de dire que ceux qui oeuvre pour la paix et le désarmement sont plus nombreux que jamais. On pourrait voir là un espoir. Mais c’est si difficile de garder l’espoir. Les politiciens se rassemblent en hordes pour des rencontres au sommet, et parlent avec véhémence du désarmement, mais seulement du désarmement auquel ils veulent voir les autres nations se plier… Votre pays doit se désarmer, pas le mien
Personne ne veut être le premier à s’atteler au désarmement, personne n’ose commencer, parce que tout le monde est si effrayé et a si peu de foi dans les aspirations à la paix des autres.
Et tandis que les conférences sur le désarmement se succèdent, le réarmement avance rapidement à une échelle jamais vue dans l’histoire du monde. Ce n’est pas surprenant que nous soyons tous effrayés, à l’Est comme à l’Ouest, dans le Nord comme dans le Sud, que nous vivions dans un pays doté d’une grande puissance ou une petite pays neutre. Nous savons qu’une nouvelle guerre majeure affecterait l’humanité toute entière, et cela ne fait pas grande différence, à la fin, si je gis morte sous un tas de ruines qu’il soit neutre ou non.
Après ces millénaires de guerre incessante, n’est-il pas temps pour nous de nous demander s’il existe une faute inhérente à l’humaine condition qui nous conduit continuellement à la violence ? Sommes-nous condamnés à périr du fait de notre agressivité ? Nous désirons tous la paix. Alors existe-t-il la moindre possibilité de changer fondamentalement avant qu’il ne soit trop tard ? D’apprendre à prendre nos distances avec la violence ? D’essayer de devenir tout simplement une nouvelle sorte d’êtres humains ? Mais comment mener cela à bien, par quoi devrions-nous commencer ?
Je crois que nous devrions commencer par le commencement. Avec les enfants. Vous avez accordé votre Prix pour la Paix à une autrice de livres pour enfants, et cela signifie que vous ne pouvez attendre de ma part une quelconque visions politiques de grande envergure, ni des propositions pour résoudre des problèmes internationaux. Je veux parler des enfants. Mes inquiétudes à leur sujet, et mes espoirs pour eux. Les enfants d’aujourd’hui finiront par prendre la direction de notre monde, s’il en reste encore quelque chose. Ils sont ceux qui prendront les décisions concernant la guerre et la paix et le genre de société qu’il veulent avoir — s’ils souhaitent une société dans laquelle la violence continue de croître, ou s’ils préfèrent une société où les peuples vivent en paix et en fraternité. Existe-t-il le moindre espoir qu’ils soient capables de créer un monde plus pacifique que celui auquel nous nous sommes enchaîné.e.s ? et pourquoi avons-nous si lamentablement échoué en dépit de toute la bonne volonté en présence ?
Je me souviens combien j’avais été choquée quand j’ai réalisé à un âge peu avancé que ceux qui décidaient du destin des nations et plus largement du monde n’étaient en aucun cas des dieux dotés de capacités supérieures et de divines perspicacités. C’étaient des êtres humains, dotés des mêmes faiblesses humaines que moi. Mais ils avaient le pouvoir, et à n’importe quel moment, ils pouvaient prendre la décision la plus capitale sur la base que n’importe quelle lubie leur inspirait à cet instant. SI les choses tournaient mal, la guerre pouvait se déclarer sur le base de la convoitise d’un seul pour le pouvoir, ou d’un désir de revanche, ou encore par sa vanité ou sa cupidité ou — et cela semblait bien être la raison la plus commune — par une croyance exagérée dans la violence en tant que remède le plus efficace à toute situation. De la même manière, une seule personne, sensée et bonne, pouvait parfois éviter la catastrophe, simplement en étant sensée et bonne, et en s’abstenant de toute violence.
Une seule conclusion était alors possible : le sort du monde reposait dans les mains d’individualités. Alors pourquoi n’était-elles pas toutes bonnes et sensées ? Pourquoi y en avait-il tant qui ne voulaient rien d’autre que la violence et le pouvoir ? Est-ce que le mal était congénital chez certain.e.s ? Je ne pouvais le croire, et je continue à penser que ce n’est pas le cas. L’intelligence et les capacités intellectuelles sont congénitales, mais les enfants ne naissent pas avec une graine qui germe automatiquement pour devenir bonne ou mauvaise. Ce qui décide si un enfant va devenir une personne chaleureuse, ouverte et confiante, dotée d’une propension à l’empathie ou bien un loup solitaire, impitoyable et destructeur, est fonction de qui élève l’enfant dans le monde et lui enseigne le sens de l’amour — ou échoue à lui donner le toit que l’amour suppose. “Überall lernt man nur von dem, den man liebt,” disait Goethe, et cela doit être vrai. On apprend seulement des gens qu’on aime. Un enfant est entouré par l’amour de ses parents, les aime et apprend d’eux à développer une attitude aimante pour l’entièreté de son environnement, et conserve cet attitude pour sa vie entière. Ce qui est une bonne chose quand bien même il ou elle ne deviendrait pas de ceux et celles qui décident du sort du monde. Mais cet.te enfant, contre toute attente, devient un.e de ceux ou celles qui décident du sort du monde, nous pouvons tou.te.s être reconnaissant.e.s si sa nature tend à l’amour plutôt qu’à la violence. Même la personnalité de nos futur.es gouvernant.es ou politicien.nes est formée avant leur cinquième anniversaire — c’est une pensée consternante, mais exacte.
Si nous regardons aussi loin que possible dans le passé et considérons comment les enfants ont été traités et élevés à travers les âges, force est de constater que bien trop souvent la norme a consisté à briser leur volonté, physiquement ou mentalement, en employant une forme de violence. Combien d’enfants ont reçu leur première leçon en violence , “von denen die man liebt”, de ceux qu’ils aimaient, de leurs parents ? Et ont transmis ensuite cette leçon de génération en génération ? “ Qui aime bien châtie bien ”, nous a intimé l’Ancien Testament. Nombre de mères et de pères ont suivi cet enseignement depuis, usant fréquemment du bâton en appelant ça de l’amour. Il y a tant d’enfants vraiment gâtés aujourd’hui, tant de dictateurs, de tyrans, d’oppresseurs, de bourreaux —- quelle sorte d’enfance ont-ils eu ? C’est une question sur laquelle il faudrait vraiment nous pencher. Je crois que derrière chacun d’eux il y a un père tyrannique ou une autre figure responsable de leur éducation, maniant le bâton ou le fouet.
La littérature pour enfants n’est pas en reste de d’enfances amères mettant en scène des tyrans domestiques battant leur progéniture pour qu’elle obéisse ou se soumette et ruinant plus ou moins sa vie. Mais heureusement ils ne sont pas l’unique modèle. Il y a toujours eu des parents pour élever leurs enfants dans une atmosphère d’amour sans violence. Mais il est probablement vrai de dire qu’il faut attendre le XXème siècle pour que les parents en général commencent à considérer leurs enfants comme leurs égaux, et leur donnent le droit de laisser leur personnalité se développer librement dans une famille caractérisée par la démocratie, sans oppression et sans violence.
Comment ne pas être découragé.e en entendant les protestations actuelles en faveur d’un retour aux vieilles méthodes autoritaristes ?
Cette clameur monte de divers endroits du monde en ce moment. Des gens exigent “ une approche plus sévère ”, de “ serrer la bride ” et croient que cela contribuera à éradiquer les mauvaises habitudes de la jeunesse qu’ils attribuent à une trop grande liberté, à un manque de sévérité dans l’éducation. En réalité, c’est une tentative d’expulser le diable avec l’aide de Belzébuth qui, sur le long terme, ne peut qu’entraîner plus de violence et creuser davantage et dangereusement le fossé entre générations. “ L’approche plus sévère ” qu’on exige pourrait avoir un effet superficiel que ces avocats interprèteront comme une amélioration. Jusqu’à ce qu’ils soient finalement forcés d’admettre que la violence n’engendre que la violence — comme elle l’a toujours fait.
De nombreux parents sont sans doute troublés par ces nouveaux courants, et commencent probablement à se demander s’ils ont mal fait, si une éducation anti-autoritariste est condamnable. Mais elle n’est condamnable que si elle est mal comprise. Une éducation anti-autoritariste ne consiste pas à laisser les enfants à la dérive, libres de faire ce qui leur chante. Cela ne signifie pas qu’ils doivent grandir sans aucun ensemble de normes — d’ailleurs ils ne le souhaitent pas. Les enfants comme les adultes ont besoin d’un ensemble de norme, d’un cadre dans lequel évoluer, et les enfants apprennent plus de l’exemple de leurs parents que de quoi que ce soit d’autre.
Bien sûr, les enfants devraient respecter leurs parents, mais ne nous trompons pas là-dessus : les adultes devraient eux aussi témoigner du respect à leurs enfants, et ne pas mésuser des avantages naturels qu’ils ont sur eux. Ce qu’il serait beau de voir entre tous les parents et tous les enfants, c’est un respect mutuel et affectueux.
J’aimerais dire à tous ceux et celles qui réclament une approche plus sévère et des brides plus étroitement tenues ce qu’une vieille dame m’a un jour raconté. Elle était une jeune mère à l’époque où les gens croyaient encore au “ Qui aime bien, châtie bien ” — ou plutôt elle n’y croyait pas, mais un jour que son petit garçon avait fait quelque chose de méchant, elle décida qu’il méritait une bonne raclée, la première de sa vie. Elle lui demanda d’aller chercher dehors un bâton ou une baguette souple qui conviendrait à cet effet. Le petit garçon est resté dehors pendant un bout de temps. Il est finalement rentré en larmes et il a annoncé : “ Je n’ai pas trouvé de bâton, mais j’ai une pierre que tu peux jeter sur moi ”. En entendant ça, la jeune mère a également éclaté en sanglot, parce qu’il lui était soudain apparu comment son petit garçon voyait ce qui était sur le point de se produire. Il devait penser : “ Ma maman veut me faire du mal, et elle peut aussi bien le faire en me jetant une pierre.”
Elle l’a pris dans ses bras, et ils ont pleuré ensemble un long moment. Ensuite, elle a déposé la pierre en évidence sur une étagère de la cuisine, et elle y est demeuré comme un rappel de la promesse qu’elle s’était faite alors : Jamais la violence !
Cependant, si nous élevons nos enfants sans violence et la bride sur le cou, produirons-nous une nouvelle sorte d’êtres humains qui vivront dans une paix éternelle ? Seul.e.s les auteur.trices. de livres pour enfants seraient assez simples pour croire une chose pareille ! je sais très bien que ce serait une Utopie. Et bien sûr, il y a bien d’autres choses dans notre pauvre monde souffrant qu’il faudrait également changer pour accomplir la paix. Mais là où nous sommes, même si aucune guerre ne fait rage en cet instant, il est incroyable que tant de cruauté et de violence et d’oppression aient cours dans notre monde; et nos enfants n’y sont certainement pas aveugles. Ils voient, entendent et lisent chaque jour cette violence, et finiront sans aucun doute par croire qu’elle est l’état naturel des choses. Le moins que nous puissions faire n’est-il pas de leur montrer dans nos foyers l’exemple d’une autre façon de vivre nos vies ? Peut-être serait-ce une bonne idée que nous ayons tous une petite pierre posée sur l’étagère de la cuisine comme un rappel quotidien pour nous et nos enfants : Jamais la violence !
Malgré tout, ça pourrait s’avérer à la longue, une petite contribution à la paix dans le monde.
Astrid Lindgren / Discours de réception du Prix des Éditeurs Allemands pour la Paix
Traduction : Emmanuelle Cordoliani
My dear friends !
The first thing I must do is to thank you, and I do so with all my heart. The German Publishers’ Peace Prize radiates such a glittering aura, and having been awarded it feels like such an honour that actually holding it in my hands makes me weak at the knees. But here I am, on the very spot where, over the years, so many wise men and women have held forth and expressed their hopes for the future of mankind and the lasting peace that we all long for.
What can I say that hasn’t already been said in a better way than I am capable of? To speak about peace is to speak about something that doesn’t exist. Genuine peace is nowhere to be found on this earth, and has probably never existed except as a goal that we are evidently unable to achieve.
For as long as we humans have lived on this planet, we have been indulging in violence and war, and the fragile peace that sometimes exists is constantly under threat.
At this very moment, the whole world is in fear of a new war that will destroy us all. In the face of that threat, it is true to say that more people than ever before are working for peace and disarmament. That could be seen as a hope. But it is so difficult to be hopeful. Politicians gather in their hordes for summit meetings, and talk so animatedly in favour of disarmament; but only the disarmament they want other nations to undertake. Your country must disarm, not mine! Nobody wants to be the first to start disarming, nobody dares to start, because everybody is so afraid and has so little faith in the aspirations for peace of others.
And while one disarmament conference follows another, the reality is that rearmament is proceeding apace on a scale never before seen in the history of the world. It’s not surprising that we’re all afraid, whether we live in the east or the west, in the north or the south; whether we live in a country that is a great power, or in a small neutral country.
We know that a new major war would affect the whole of humanity, and it makes little difference if, at the end of it, I lie dead in a pile of ruins that is neutral or non-neutral.
After all these millenia of constant war, is it not time for us to ask ourselves if there is some inherent fault in the human condition that continually drives us to violence? Are we doomed to perish as a result of our aggression? We all desire peace. So is there any possibility at all of our changing fundamentally, before it’s too late? Of our learning to distance ourselves from violence? Of our trying quite simply to become a new kind of human beings? But how could we go about that, and where should we start?
I believe that we should start from the bottom. With the children. You have awarded your peace prize to a writer of children’s books, and that means you can’t expect from me any wide-ranging political visions or proposals for the solution of international problems. I want to talk about the children. My worries about them, and my hopes for them. The children of today will eventually take over the running of our world, if there is anything left of it. They are the ones who will make decisions concerning war and peace and the kind of society they want to have – if they want a society in which violence continues to grow, or if they prefer one in which people live in peace and brotherhood. Is there any hope at all that they will be able to create a more peaceful world than the one we have lumbered ourselves with? And why have we failed so badly, despite all the goodwill that exists?
I recall how shocked I was when it dawned on me at an early age that the people governing the fate of our countries and the world at large were by no means gods with superior capabilities and divine perspicacity. They were human beings, with the same human weaknesses as I had. But they had power, and at any given moment could make the most momentous decisions on the basis of whatever whim inspired them at the time. If things turned out badly, war could break out on the basis of a single person’s lust for power or desire for revenge or vanity or greed or – and this seemed to be the most common reason – an excessive belief in violence as the most effective remedy in all situations. Similarly, a single good and sensible person could sometimes avert catastrophe simply by being good and sensible, and refraining from violence.
There could only be one possible conclusion to draw: the fate of the world was decided by individual people. So why were they not all good and sensible? Why were there so many who wanted nothing but violence and power? Was evil congenital in some people?
I couldn’t believe that, and I still don’t think it is the case. Intelligence and intellectual powers are congenital, but children are not born with a seed that automatically sprouts to develop into good or evil. What decides if a child is going to become a warm, open, trusting person with a propensity for communal feelings or a callous, destructive lone wolf is up to those who bring the child into the world and teach it the meaning of love – or fail to bring home to it what love entails. “Überall lernt man nur von dem, den man liebt,” said Goethe, and so it must be true. One only learns from the people one loves. A child that is surrounded by love and loves its parents learns from them a loving attitude towards the whole of its environment, and retains that attitude for the whole of its life. Which has to be a good thing, even if he or she never becomes one of the few who decide the fate of the world. But if that child, contrary to expectation, does become one of those who decide the fate of the world, we can all be grateful if his or her nature tends to love rather than violence. The character of even our future statesmen and politicians is formed before they have reached their fifth birthday – it’s a dreadful thought, but it’s true.
If we look back as far as is possible and consider how children have been treated and brought up down the ages, is it not the case that far too often the norm has been to break their will, physically or mentally, by means of some form of violence? How many children have received their first lessons in violence “von denen die man liebt”, from those they love, from their own parents? And then passed on the lessons learnt from generation to generation? “Spare the rod and spoil the child,” we were urged by the Old Testament. A lot of mothers and fathers have followed that teaching ever since. They have frequently wielded the rod and called it love. There are so many really “spoiled children” in this world of ours today, so many dictators, tyrants, oppressors, torturers – what sort of a childhood did they have? That is something that really ought to be researched. I believe that behind most of them is a tyrannical father or some other figure responsible for their upbringing, wielding a rod or a whip.
Children’s literature has no shortage of depictions of rancorous childhoods featuring domestic tyrants who have beaten their children into a state of obedience and submission, and more or less ruined their lives. But happily they were not the only kind. Thankfully there have always been parents who have brought up their children in an atmosphere of love without violence. But it is probably true to say that it is only in the twentieth century that parents in general have begun to regard their children as their equals, and given them the right to let their personalities develop freely in a family characterized by democracy, without oppression and without violence.
How can one avoid feeling despondent on hearing the current outcry advocating a return to old authoritarian methods? The clamour is coming from various places throughout the world at the moment. People are demanding “a more rigorous approach” and “tighter reins”, and believe this will help to eradicate the youthful vices that are blamed on too much freedom and too little strictness in their upbringing. This is in fact an attempt to drive out the Devil with the aid of Beelzebub, and in the long run can only lead to more violence, and greater and more dangerous gaps between the generations. The “more rigorous approach” being demanded might possibly have a superficial effect that its advocates could interpret as an improvement. Until they are eventually forced to accept that violence gives birth to more violence – as it has always done.
Many parents will no doubt be worried by these new trends, and may start to wonder if they have done wrong, if an anti-authoritarian upbringing is reprehensible. But it is only reprehensible if it is misunderstood. An anti-authoritarian upbringing does not mean that children should be left to drift along and do whatever they please. It does not mean that they should grow up without a set of norms – nor do they want to. Both children and adults need a set of norms as a framework within which to conduct themselves, and children learn more from the example of their parents than from anything else. Of course children should respect their parents, but make no mistake about it: adults should also have respect for their children, and not misuse the natural advantages they have over them. What one would like to see in all parents and all children is mutual loving respect.
I should like to tell all those clamouring for a more rigorous approach and tighter reins what an old lady once told me. She was a young mother in the days when people still believed in the idea of “Spare the rod and spoil the child” – or rather, she didn’t really believe in it, but one day when her little boy did something naughty, she decided he had to have a good hiding, the first one of his life. She told him to go out and find a suitably supple stick or rod for her to use. The little boy was away for a long time. He eventually came back in tears and announced: “I can’t find a rod, but here’s a stone you can throw at me.” At which point his mother also burst into tears, because it had suddenly dawned on her how her little boy must have regarded what was about to happen. He must have thought: “My mum wants to hurt me, and she can do that just as well by throwing a stone at me.”
She threw her arms round him, and they spent some time crying together. Then she placed the stone on a shelf in the kitchen, and it stayed there as a permanent reminder of the promise she had made to herself at that moment: never violence!
However, if we bring up our children without violence and on a loose rein, will we produce a new kind of human being who will live in a state of eternal peace? Only authors of books for children could be simple enough to believe such a thing! I know full well that would be a Utopia. And of course, there are so many more things in our poor, ailing world that must also be changed if we are going to achieve peace. But at this point in time, even though no war is currently raging, there is so incredibly much cruelty and violence and oppression going on in the world; and our children are most certainly not blind to it. They see and hear and read about it every day, and will no doubt end up by believing that violence is the natural state of affairs. Is not the least we can do to show by example in our own homes that there is another way of living our lives? Perhaps it would be a good idea for us all to have a little stone on a shelf in our kitchens as a permanent reminder for ourselves and our children: never violence!
Despite everything, that might eventually become a small contribution to world peace.