Sérail hors-série : du chapeau

Ils se connaissait de réputation depuis un bail. Mais cela ne faisait que quelques semaines qu’ils s’étaient véritablement rencontrés. Ils avaient bu quelques verres, partagé une ou deux nuits, de-ci, de là. Ils se voyaient tard dans la soirée, après la fermeture de la boîte. Ils en avaient vu d’autres. Les filles laissaient des mots pour lui dans sa loge. Elle recevait des bouquets de roses enflammées de types dont elle oubliait assez vite les noms.
Un soir, il avait trouvé une boite qui l’attendaient à l’entrée des artistes. Une boîte ronde, avec un élégant chapeau de paille rose dedans. D’un vieux rose presque bordeaux. Elle avait fait inscrire à l’intérieur le surnom qu’elle lui donnait à l’époque où ils s’étaient croisés la première fois. Un sobriquet de playboy, de dilettante, de crooner. Il est presque effacé à présent.
Il est resté un demi-bouteille de bourbon sans glace dans sa loge, avec le chapeau, à faire sembler de peser le pour et le contre.
Ce soir-là, quand les boys sont entrés en scène pour le final, avec leur costume noir et leur feutre noir, l’un d’entre eux avait un élégant chapeau en paille rose sur la tête. Encore en coulisse, son coeur fondait en larmes noires sur ses joues. Ils s’étaient embrassés au milieu du plateau, qu’on appelle encore le “ Théâtre ”. Ils s’étaient fait virer aussi sec.
Ils n’en finissaient pas de rire, dans les rues noires, en rentrant chez elle, à pieds, parce que les vaches maigres se profilaient sur le sol jonché de fleurs.

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