Je prends toutes les couleurs dans mes mains. Je les lance vers le ciel. Quand elle retomberont au sol ( bien malin qui peut le dire ), quand elles retomberont au sol ( dans un mois ? dans un an ? ), elles peindront le visage caché dans le tableau.
Entre l’instant où je lance les couleurs et l‘instant où elles explosent en grâce sur le sol, je danse
Je danse une danse de ferveur, brûle l’encens des contes, les contre-feux des conversations
Je danse une danse de patience, devant les portes chères fruits et parfums consciencieusement offerts,
Je danse une danse dérisoire, un geste infime dans une immensité désolée de misère et de bêtise, et les regards et les paroles échangées sont les seuls lacs d’amarrage dans la tempête de désespérance qui fait rage sont les seuls lacs d’amarrage dans la tempête de désespérance qui fait rage
Je danse une danse une danse de minutie, réglée sur la course des fourmis et des étoiles, et les graines oubliées d’un travail d’autrefois tracent soudain une clairière inespérée
Je danse une danse de tremblement, la géographie des nuits se calque sur la carte instable des Stalkers, trop de fils de ballons envolés dans mes mains faillibles
Je danse une danse de hasard, un inconnu s’assoit à notre stable qui se souvient toujours-déjà de sa lumière, les avions tracent en blanc sur cyan des courbes élégantes
qui se croiseront au Centre, une figure fallote s’efface devant une présence tellurique
Je danse une danse de lumière, d’heureuses pioches, le vent ouvre un livre à la page manquante, un lien sympathique se révèle entre les scènes éparses, les mots des uns sont écho dans la parole des autres, on s’entend
Je danse une danse presqu’invisible.
Les couleurs le savent dans leur vol.
Quand elles reviendront, alors nous verrons bien.