UN BON ÉTÉ / TIERS LIVRE / DU LOINTAIN NORD
Le corps liquide de la Seûle sur le cadastre minéral dessine toujours un bras d’honneur qui saute aux visages. Et son nom, qu’on juge de mauvaise augure, mais qu’on n’ose pas changer, puisqu’on n’ose plus rien changer, depuis que la décision a été prise de classer Secret Défense les éléments naturels encore en capacité de communiquer avec l’être humain, son nom qui râle, résonne trop longuement aux oreilles étrangères. Cependant, l’Éminence Scientifique s’est formellement opposée au projet grandiose de préservation de la Seûle par l’élévation de murs jusqu’au troisième étage de la stratosphère du néo-crétacé. Le risque serait trop grand, voulant amplifier l’infime écho des propos de la rivière, de le perdre définitivement à la faveur d’une malfaçon de l’ouvrage d’art — elles sont hélas, si courantes —. On a dû également renoncer à l’éloignement total des riverains, mais il a été exigé par décret, dans un rayon de 300m, de ne pas élever la voix au dessus de 10dB, ce qui correspond au bruit du vent dans les arbres qui ont pu être conservés. Décret applicable aux humains et aux oiseaux, en dépit d’une rébellion constante de cette dernière population à la moindre collaboration constructive avec l’espèce humaine. Malgré toutes ces mesures, en l’espace de cinquante ans, le seul murmure officiellement émis par la Seûle est un gémissement qui détraque systématiquement les capteurs, mais où certaines oreilles particulièrement exercées prétendent entendre les mots évaporées ( au féminin pluriel ) et marais ( incertain ).
Cet article a été publié dans blog. Bookmarker le
permalien. Les commentaires sont fermés, mais vous pouvez faire un trackback :
URL de trackback.