Un Bon été / Tiers Livre / Le je qui tu

Une empreinte petite, à l’intérieur, deux autres, plus grandes… cette nuit j’ai rêvé… non, je mens, l’image je la laisse venir dans un demi-sommeil d’enfant j’aimais les puzzles, un seul me reste — le château, fort, mais moins que le cygne énorme devant — et l’infini des puzzles une fois que c’est fait, que c’est su, ( l’ordre des pièces, les couleurs voisines, les indices infimes qui te sautent aux yeux ), on peut dessiner une autre image, par-dessus ( je le regarde avec mes sourcils en W froncés pendant qu’il m’explique ), on peut aussi dessiner derrière, ( ma bouche fait un O, je ne peux pas l’empêcher de faire un O ), on peut retailler les pièces pour en faire un autre puzzle, plus petit, mais réversible, comme les cartes de pirates ( parce que c’est re-vert-cible les cartes de pirates ? Oui, tous les pirates savent ça et que la fin et le début se tiennent par la main ), mais pour commencer, avant même de dessiner, redessiner et retailler, tu peux cacher des trésors à l’intérieur même de l’image  ( ça me fait rire  : tu me racontes n’importe quoi, comme souvent les adultes font, font, font, pour apprendre les vérités aux enfants qui n’en veulent qu’une, pour dire : regarde la parole, comme elle se dessine et se redessine et se retaille et les images que je cache dans les mots versatiles ), entre les créneaux, sur le pont-levis, dans la tour, contre la grille : autant de cachettes pour autant de trésors et quand ça s’encombre, souviens-toi : au bout de chaque plume du cygne, il y a mille cygnes qui rêvent… un demi-sommeil d’enfant j’aimais les puzzles mais, enfant — 4 ans, 4 ans et demi, quel âge avait Sacha mon frère-chat quand il était là, celui-là… 13…ou 15… pourquoi tout le monde ment tout le temps dans les familles sur le temps ? —  enfant, je le connaissais déjà, alors comment je sais qui a pondu l’oeuf de la poule, qui du puzzle ou du pirate est arrivé en premier … le château  et le cygne c’est peut-être bien lui qui les avaient offerts, — à Sacha qui n’en veut pas ou bien à moi… seuls demeurent, nets dans le flou,  les lapins du papier déchiré — le château, je ne peux pas savoir, — le beau château d’eau à Toto — mais dans le reflet , je te tiens, je  te retiens : chaque mot que tu as eu pour moi est une vaguelette, une ombre sur les pierres de la tour, ton regard perçant dans l’oeil noir du cygne, tes expériences thérapeutiques plus loufoques encore que la loufoquerie ordinaire de ma grand-mère – poil à gratter des autres adultes —, une par plume du cygne… et cette nuit, j’ai rêvé d’une empreinte ancienne avec, à l’intérieur, deux plus récentes, dont une toute fraîche et je me demande : laquelle n’est pas la mienne ?

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