Ma non-arrivée dans la ville de N. C’est un poème de Wislawa Szymborska, mais à une lettre près chacun de mes retours là-bas depuis que je feuilletais les pages immatérielles de ce livre aux grandes illustrations égales de chantiers et de Montagnes, avec un M. Je ne l’avais pas lu, mais quand je retournai dans la ville où j’avais eu, autrefois, une enfance mienne et une brève jeunesse, je ne les avais plus. Quand je retournai, je lisais W, qui m’occupait entièrement. Quand je me retournai le cinéma affichait sous son astre la double vie droguée de F. Je n’étais plus jamais tranquille et plus jamais seule dans la ville où je retournerai encore et encore. J’étais, depuis les pages du livre, comme deux soeurs, visages déformés de meringues et multicolores. Deux sœurs jumelles au coeur d’or cabossé comme les rues aux pavés mal équarris. Côte à côte, à présent passé et future, dans la ville, à épier les conversations et guetter le trou d’ombre du passage, d’où tout peut surgir : la 2CV de famille rachetée par un de mes anciens amoureux, des musiciens fugueurs… en attendant le café crème. Marche ou crève vers la croix carrelée dans la gadoue, la gadoue, la gadoue. Pour elle aussi, le café au lait est une flaque de la pluie. Récemment encore un retour dans la gare de la ville à une lettre près, nuitamment,
La gare de la ville N a passé
son examen d’existence objective
Tout était parfaitement en place
et chaque détail avançait
sur des rails infiniment bien tracés.
Même le rendez-vous a eu lieu.
Mais sans notre présence.
Au paradis perdu
de la probabilité
Ailleurs
ailleurs.
Combien résonnent ces mots.