Zone réservée

 

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Dessus tes pivoines
Peintes au plus près des pivoines
Roses de la Chine
Que je t’avais sciemment offertes
Dessus tes pivoines
Peintes qui séchaient sur la table
Les pétales jaunes
De mes pivoines sont tombées
Tes pivoines peintes
Dans leur aquarelle ont tout bu
Le rose et la Chine
Elles se laissent effleurer
D’un présent passé
De la couleur de leur ombre
Le don des pivoines
Pour la métamorphose à l’oeil
Nu visible étonne
Le peintre comme l’amoureuse
Ni l’une ni l’autre
Ne sait attraper l’arc-en-ciel
Ni ne le souhaite
Tes pivoines peintes
Et le poème suffiront
À notre patience
Jusqu’en un mai prochain, qu’il vienne
Ou non.

 

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Recroquevillée
Couverte des pieds à la tête
De gants de foulards
De vieilles nippes empilées
Elle crapahute
Ses pieds mal chaussant des tennis
minus, défoncées
Elle va mon chemin pliée
En un angle droit
Son bras est toujours tendu
Qu’elle marche ou non
Au bout le carton gobelet
Le frère du carton maison
Et des couvertures
Quelque part cachées, cartonnées
Elle est minuscule
Je voudrais croire qu’elle est
Une élève actrice
Qui apprend à faire la vieille
Doigts de pieds serrés
Dans les souliers, salis exprès
Pour savoir comment
Ça fait la lenteur, la vieillesse
Être misérable
Mais elle n’est pas pour jouer
Ni tortue d’Achille
De Stanislavski, de Strasberg
Ni allégorie
C’est une pauvre créature
Un corps rompu
Qui s’en va mon chemin

 

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Son nom je l’ignore
Il est si sale et démuni
Que même son nom
N’existe plus sous sa survie
Sous sa couverture
Solidifiée en quatre murs
Odeur en barrière
Sauvage, infecte, antique, ultime
On dirait que la ville
A le pouvoir de transformer
En statue de crasse
Quiconque s’arrête un instant
Pour voir, pour savoir
Ce qui est resté derrière
Filles en retard
Jardin vert et mûr de l’enfance
Longues ombres douces
Maison bâtie avec ses mains
École du signe
Escaliers du serment d’amour
Arbres des amis
Fontaine qui coulait de sources
Il s’est retourné
Un jour, nous ne saurons pas quand
Il est sans parole
Il est sans bruit et sans regard
Des lambeaux pour langes
Sa peau noire rongée de blanc
De veines de sel
Je l’appelle l’Homme de pierre
Depuis dix hivers
Depuis dix été, je le parle
J’ignore comment
Il tient sous la triple brûlure
Du gel du soleil
Du temps réduit à son néant
Il se macadam
Les bouches de chaleur du sol
Rayurent ses jambes
Le sèchent comme une carne
Mais hier, je l’ai vu
Faire, pour la première fois
Autre chose qu’être
En cours de pétrification
Dans un sortilège
Biblique, antique, économique
Hier, l’Homme Pierre
Lisait un papier qu’il tenait
Avec attention
De ses deux mains, colonne étroite
Écrite en petits
Caractères, au moins instant
Je m’étais trompée
Sur son conte.

 

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Un figuier sauvage
Garde ses figues en hauteur
Dans un terrain vague

 

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Après bien des ânes
Nés d’errances sentimentales
Je suis amoureuse
Je le sais du soleil en mai

 

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Si elle se lève
Si tôt sous la bruine un dimanche
C’est qu’elle est fumeuse

 

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Sous son casque noir
La mésange a pulvérisé
Son propre record

 

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Les oiseaux trompettent
Dehors ! Dehors ! Dehors ! Dehors !
Aux oreilles sourdes
Dès dehors la fraîcheur soufflète
Le sommeil trop court
Le masque aux joues gonflées de plomb
Dégage, léger
Dans l’air à peine plus que plume
Et l’instant étire
Ses membres sans fins dans les rues
Il me faut marcher

Les oiseaux tempêtent
De l’or ! De l’or ! De l’or ! De l’or !
Aux yeux grands ouverts
La fraîcheur de leurs cris dans l’air
Nous rend mammifères
Comme elle rend la ville aux pierres
La fraicheur fait louve
Fabuleusement solitaire
Du sol, solidaire
Quand le frôlant sans s’y confondre
Disparaît ma trace.

 

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Une femme dort
Paisiblement dans ces cheveux
Notre nuit à tous

 

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En l’absence de
Caresses le chat s’en va voir
Ailleurs autre chose

 

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Huit heures du mat’
C’est un midi au grand soleil
Pour les lève-tôt

 

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Un enfant un homme
S’en va acheter sa maison
D’alors maintenant

 

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La rame me tra-
-verse d’un tympan vrille crâne
Mais où ( m’en ) sortir ?

 

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Avant la brûlure
Il n’y a rien que du flou
L’eau enfin aiguise

 

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L’amertume étrange
Au goût donne mesure suave
De sa rareté

 

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D’un travesti la robe
Noire et noir me sied à ravir
Mais pas ses chaussures

 

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La claque d’un volet
Manifeste fantôme d’en face
Réveil pour le thé

 

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Un cycliste rouge
Ouverture éclair sur le pré
Vert du ciel bleu nuage

 

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Mots échoués du rêve :
( chanson ) nerveuse et légitime
dans ce coin fragile

 

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L’oxygène d’argent
Serpente au tapis comme un Nil
Vers ton coeur détroit

 

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Un verre en ses mains
Ma grand-mère dort statuaire
Ciboire il devient

 

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Toute ronde énorme
Encastrée sur mon cou infime
Bouille Bilboquet

 

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Un souffle si faible
Le fameux dé à coudre d’air
Toujours plus petit

 

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La tête du roi
Décollée arpente les rues
Le corps sacré suit

 

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Un chemin perdu
À la maison de mon ami
Un autre chemin

 

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La nuit rendormie
Traversée de trains égarés
D’accidents de plâtre

 

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Ce matin bruissant
D’autres esprits vont s’étirant
En terres voisines

Possibilité
Comme en Septembre et en Janvier
D’un printemps, offerte

D’une encre plus dense
Tant les ombres de matin autre
Affleurent et m’effleurent

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