Il faut un village

Parfois, les mots sont si fatigants
Ils courent autour de moi en criailleries
Ils s’accrochent à mes jupes même si je porte le pantalon
Ils me grimpent sur la tête comme des petits singes
D’un sans-gêne pas croyable
Et murmurent de mille voix à mes milles oreilles
En un concert cacophonique et indescriptible
Tandis que d’autres attendent en cohortes débraillées
Un regard, une tartine, un coup de peigne affectueux
Et sans autre ambition que la caresse.

Parfois, on me dit : tes élèves sont comme tes enfants
Erreur grossière !
Mes élèves sont mes élèves et ne sont comme rien
Ni personne d’autre que
Des camarades
Des soldats d’une même phalange
De cette grande main avec quoi
Moi aussi je fais corps

Ou personne d’autre que
Des étrangers identifiés
À leur manière de ne parler qu’une seule langue
Qui m’ennuie.

Les mots sont mes enfants
Marmaille endiablée de joie
Épuisante et qui m’arrache
Finalement un pauvre rire
Finalement à l’absurdité trop brève du monde
Dont elle fait une marelle qui relie
Le ciel à la terre
En passant par là, où ça bat et se bat

Ou lignée d’enfants vieillards
Toujours déjà plus vieux que moi
qui font le bruit d’une chose très ancienne
contre le sol de poussière.

Quand je ne tiens plus debout
Ils courent toujours
Et nagent et dansent
Ma nuit est blanche ?
Ils dorment à poings fermés
Ronflements et renflements
De petits ventres chauds et doux
Air de la fenêtre pourtant close
Qu’ils ouvrent en corolle.

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