16Jan2020

De l’émotion

Un des axes principaux du cours de scène, c’est d’amener des gens dont la pratique principale a été jusque-là celle d’auditoire à considérer leur mutation vers le plateau et les changements incontournables qu’entraine et exige un tel déplacement. En clair, le point de vue, le ressenti et la compréhension qui était leurs en assistant à un spectacle n’ont plus droit de cité dès lors qu’ils et elles y participent.
L’émotion est agitée comme un hochet dans notre société actuelle, on se plait à la considérer comme l’alpha et l’oméga de l’art : le point d’entrée et le but recherché simultanément.
Si tant est que cela soit vrai pour le public — et j’émets de sérieux doutes à cet endroit, en dépit de l’incessante propagande qui voudrait nous le faire croire — il ne peut en être de même pour les interprètes.
L’émotion vient par surcroit. C’est la cerise sur le gâteau. Avant toute chose, il s’agit de personnages mues par la nécessité, l’urgence. Ces personnages veulent quelque chose. L’obtenir ou pas ne déclenchera pas chez eux uniquement des sentiments, des émotions, mais également de l’action ( qui peut consister à ne rien faire ). C’est cette volonté, ce désir qui est le coeur du jeu, son jus, son essence. L’émotion qui viendra, car elle viendra sûrement résulte de la puissance d’évocation d’une situation.
Il m’arrive souvent de raconter l’histoire de la situation aux élèves, pour leur donner envie de la jouer. Ça rate rarement. Ils sont pris par l’histoire, par le mythe, alors. Par la clarté tranchante de ce qu’il y a à faire, à demander, à trouver. Ils filent sur les traces d’un regret, s’engloutissent dans un questionnement, se tendent un miroir à bout de bras… et enfin, alors qu’ils sont bien trop occupés pour s’en apercevoir il se passe quelque chose

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