Cendrillon

VIARDOT

Créé le 6 mai 2010 à l’auditorium du Musée d’Orsay.

Direction musicale : Emmanuel Olivier Piano : Emmanuel Olivier, Nicolas Chesneau  Mise en scène : Emmanuelle Cordoliani  Scénographie : Jeanne Joyet Costumes : Sonia Bosc  Conception lumières :  Bruno Bescheron  Cendrillon : Chloé Briot  Le baron de Pictordu : Hovhannes Asatryan Armelinde : Johanna Brault Maguelonne : Hasnaa Bennani La fée : Sabine Devieilhe Le prince charmant : Chi Zhe Le comte Barigoule : Xavier de Lignerolles 

Trouver chaussure à son pied

On dénombre 345 versions du conte de Cendrillon. La première aurait été écrite en Chine quatre siècles avant J-C.

Dans toutes ces histoires, deux constantes : le soulier (botte, pantoufle ou escarpin), et la magie d’être aimé pour soi-même.

« Oh si elle pouvait m’aimer pour moi seul et non pour mon titre et ma couronne de prince ! »

Pauline Viardot travestit son Prince en mendiant, puis en chambellan, suivant la trace d’un Isouard et d’un Rossini que la cantatrice émérite connaissait bien.

C’est que le Prince, comme tout le monde veut être aimé pour lui-même, reconnu par-delà le décorum, la richesse et la fonction. Et il donne le travestissement comme le plus sûr moyen de cette fin. L’astuce n’est pas nouvelle de se déguiser pour voir clair dans le cœur des promis et Marivaux l’a utilisée plus souvent qu’à son tour. Mais ce qui surprend ici c’est le désir d’être mieux vu en se cachant derrière un déguisement. Comme si, échappant aux préjugés provoqués par la défroque princière, en abandonnant la dite défroque, le Prince ne pouvait qu’apparaître dans sa vérité. En filigrane, l’idée se fait jour que la valeur de Charmant 1er rayonnera à travers les habits d’emprunt, les habits pauvres.

« Pourquoi le prince épouse-t-il une princesse puisqu’elle le deviendra en l’épousant ? »

Chez la jeune fille, comme chez tout le monde, le désir de rencontrer l’amour, mais un amour qui transfigure et non pas une confirmation de ce qu’on sait déjà des autres et de soi. Dans son cas on revêt des habits de princesse pour être reconnue à sa vraie valeur. Quand le Prince ne fait pas confiance aux autres, flagorneurs et intéressés, Cendrillon, de son côté n’a aucune confiance en elle-même. C’est ce que la Fée réparera à grands coups de baguette magique et force carrosse, robe couleur de lune et laquais par demi douzaine. Pour quelques heures seulement.

“Que nul plaisir ne te tourne la tête, sois de retour avant minuit!”

Le conte serait bien mauvais s’il nous faisait croire que la confiance en soi repose sur l’apparence extérieure, la richesse matériel, le rang social. La mise en garde de la fée est entièrement liée à la date de péremption de cette confiance surfaite. D’ailleurs ses artifices sont sont plutôt un viatique pour le Palais qu’une promesse de charlatan à la manière de Dulcamarra dans l’Élixir d’amour.

L’amour dans la place, hérauts sonnants et drapeaux hissés, crée un temps cette illusion favorable de la nuit, du Palais et de la robe de fête, mais il faut savoir bientôt reconnaître dans la cendre le petit pied qu’on a aimé dans la fourrure, ou c’est l’amour en personne qui se transforme en citrouille.

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